Il vient d’Andrebabe (Suite)
26 juin 2024 // Mistery // 7212 vues // Nc : 173

3 - J'ai observé Roger, tel un félin aux aguets, comme s'il voulait me prévenir sans oser articuler le moindre mot, sachant que mon mari était toujours présent.

"Sache que nous devons partir dès l'aube demain matin," lança soudainement mon époux.

"Ne serait-il pas plus sage de faire un autre repérage avant de s'y aventurer, afin d'être absolument certain ?" suggéra Roger, visiblement mal à l'aise et préoccupé.

Pour le tranquilliser, je lui glissai, "Si cela peut apaiser tes craintes, nous irons en reconnaissance avec mon mari en première ligne, pour éclairer le chemin." Ce qui sembla le convenir.

La nuit fut calme, m'enveloppant rapidement dans les bras de Morphée, même si l'habitacle de la voiture nous servait de chambre à coucher. Les hommes, quant à eux, tardèrent à me rejoindre, s'attardant à discuter à l'extérieur pendant une bonne partie de la nuit. De plus, Roger ne résista pas à l'appel de l'alcool avant de se coucher. Au petit matin, alors que les premières lueurs du jour se faisaient timides, mon mari me secoua doucement, incapable de trouver le sommeil tant l'impatience de prendre la route le tenaillait. Je me tirai donc difficilement du sommeil, encore engourdie par la fatigue. Nous sortîmes de la voiture et nous mîmes en route, laissant notre chauffeur profondément endormi derrière nous, probablement abruti par l'alcool.

Nous empruntâmes un sentier étroit, l'atmosphère était paisible, aucun bruit aux alentour, juste une forêt dense nous entourant. Une vague de malaise et de peur m'envahit, et je cherchai le réconfort auprès de mon tendre époux. Il me répondit avec assurance qu'il ne s'était pas trompé et que nous suivions le bon chemin. Je ne saurais dire à qui il avait demandé conseil, personne ne le sait d'ailleurs. Il se contente de l'affirmer, quelqu'un lui a montré la voie. Tous les villageois à qui nous avons posé des questions nous ont répondu qu'ils n'avaient pas de récolte et qu'il était vain de chercher dans les environs, donc l'identité de cette personne reste un mystère pour moi.

Mon mari, empreint d'un enthousiasme contagieux, ne cessait de me parler. Il marchait devant moi, affirmant que l'endroit lui semblait familier, bien que ce fût la première fois que nos pas foulaient ces terres. Soudain, il s'immobilisa et se retourna vers moi, les oreilles aux aguets.

"Entends-tu ces voix ?" me demanda-t-il.

"Ce ne sont que les chants des oiseaux," répondis-je avec désinvolture.

"Non, ces voix, ces discussions," répliqua-t-il légèrement irrité.

"Je n'entends rien de tout cela," rétorquai-je sèchement, sentant mon agacement grandir.

"Ne nie pas, cette voix criarde, tu ne peux l'ignorer," insista-t-il avec une conviction évidente.

De plus en plus irritée, je m'approchai de lui sans prononcer un mot et pris sa main dans la mienne. Après un court moment de tendresse pour apaiser les tensions, je lui répondis :

"Je ne sais pas de quoi tu parles, je n'entends aucun bruit, le silence règne en maître ici."

Il ne répondit pas immédiatement, mais la tristesse se lisait dans ses yeux. Il était désormais convaincu que je n'entendais pas ce qu'il semblait percevoir. Il reprit alors la route, ma main serrée dans la sienne, me demandant simplement de lui accorder ma confiance car nous étions bientôt arrivés.

4 - Le soleil était au zénith, mais nous n'étions toujours pas à destination. Nous avions marché depuis déjà un certain temps, j'étais complètement épuisé et en même temps inquiet, car mon mari ne cessait de s’engager dans un monologue. On aurait dit que la folie s'était emparée de lui.

"C'est ici," répondit-il à une question invisible et inaudible pour moi, en montrant du doigt une espèce de hautes herbes légèrement écrasées, probablement foulées depuis longtemps par des pas.

"Qu'y a-t-il là-bas ?" demandai-je, irrité par la fatigue et la faim qui me tenaillaient.

Sans un mot ni un regard, il se dirigea vers les herbes et les traversa, m'entraînant avec lui. Son comportement étrange commençait à me faire encore plus douter de sa santé mentale. Quand finalement, il brisa le silence en me demandant : "Me fais-tu confiance ?"

"Je te fais confiance, mais franchement, tu agis bizarrement," répondis-je avec un rire nerveux. "Explique-moi ce que tu as en tête."

"Bientôt, nous serons arrivés, ne t'en fais pas. Je te dirai tout une fois sur place," m'assura-t-il simplement.

N'ayant pas d'autre option, je le suivis, malgré mes doutes persistants. Une fois passées les herbes, un son sourd se fit entendre, comme un battement de cœur résonnant dans mes tempes mais je ne discernais rien d'autre que le vide autour de nous.

En s’avançant, les voix se firent de plus en plus claires. Certains criaient, d'autres étaient engagés dans des discussions incompréhensibles, et certains m'appelaient. Quant à lui, il ne semblait pas perturbé, souriant comme s'il saluait des passagers alors que je ne voyais personne. Nous étions décidément seuls.

Il continuait d'avancer avec assurance, comme s'il connaissait cet endroit depuis toujours. Pour ma part, le malaise grandissait. Mes sens semblaient me trahir, et je me battais pour rester lucide alors que le brouillard épais enveloppait mes pensées.

Au bout d'un moment, je sentis que nos pieds traversaient une flaque d'eau, même s'il n'y avait pas d'eau là où je les avais posés. Soudainement, ma vue devint trouble, l'environnement s'épaississait. Une énorme brume nous entourait, je ne voyais plus rien, même mes pieds semblaient avancer dans un nuage épais.

Je voulais lui dire que je ne me sentais pas bien, mais aucun mot ne sortait de ma bouche. Mon corps refusait d'avancer, mais mon mari me tirait sans relâche. Je tentai de lui exprimer mon malaise, mais aucun son ne franchit mes lèvres.

Dans un geste désespéré, je me débattis pour libérer ma main, je me suis laissée tomber au sol, tentant de m'échapper de cette réalité oppressante en me bouchant les oreilles.

"Que se passe-t-il ?" résonna une voix dans ma tête, celle de mon mari. Je tentai en vain de lui expliquer ma détresse, mais mes mots se perdaient dans le néant.

Je balbutiais en vain, essayant de lui demandant de retourner là où nous étions, car je me sentais vraiment mal. Il ne comprenait pas ce que je lui disais. J'avais l'impression de vivre un de mes pires cauchemars, tandis qu'il était joyeux, ne ressentant aucun malaise, me souriant.

La dernière image que j'ai de lui est celle de son visage arborant ce sourire, puis tout basculait dans le noir. Je me suis sentis sombrer dans l'obscurité, m’évanouissant, sans me souvenir de tout ce qui s’est passé par la suite. Une fois immergé, c'est son corps serrant le mien que je ressens en premier. Dès que j'ai repris mes esprits, je lui supplie de revenir, car cet endroit a un impact négatif sur mon bien-être. Il reste silencieux, mais je perçois une étrangeté et une profonde tristesse dans son regard. Après quelques minutes, il me demande de l'écouter attentivement, car, d’après lui, nos destins allaient radicalement changer. Perplexe, je lui ai demandé des éclaircissements. Ainsi débuta son récit, plongeant mon esprit dans les abysses de l'enfer que je peinais à demeurer attentive jusqu'à la fin. Mon monde s'écroulait là !

(À SUIVRE)

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