Exposition : Dendrophile, respirer l'art des arbres
24 décembre 2025

À Madagascar, la troisième édition d'Antson'ny tontolo miaina transforme la matière végétale en poésie visuelle et sculpturale. De la Flow Gallery à Ivandry au hall de l'aéroport d'Ivato, les visiteurs sont invités à toucher du regard la vie des arbres. À travers installations, sculptures et objets du quotidien sublimés, Dendrophile fait ressentir l'amour profond des artistes pour le vivant.

Dès l'entrée de la Flow Gallery Ivandry, le visiteur est enveloppé par une atmosphère à la fois douce et mystérieuse : parfum du bois travaillé, craquement discret des branches, lumière chaude des suspensions. Dendrophile se déploie comme un véritable parcours sensoriel. Accueillie depuis le 12 décembre à la Flow Gallery, l'exposition est également présentée, depuis le 16 décembre 2025 jusqu'au 28 février 2026, dans le hall public de l'aéroport international d'Antananarivo Ravinala Airports. Ces installations annoncent l'exposition principale, qui s'installera à partir de janvier 2026 dans la zone Zital, à Ankorondrano, dans le cadre de la troisième édition d'Antson'ny tontolo miaina.

Placée sous la curatelle d'Ihoby Rabarijohn, l'exposition interroge notre relation aux arbres. Chaque création traduit un dialogue intime avec le vivant, sans discours moralisateur. « Trois espaces, un même souffle : un dialogue entre design, nature et geste artisanal », confie Kiady Ratovoson, dont les œuvres insufflent à l'espace une poésie silencieuse.

La curatrice artistique explique le choix de l'arbre comme une continuité logique après le thème des oiseaux abordé lors de l'édition précédente. Métaphore du cycle de vie, de l'enracinement et de l'adaptation, l'arbre occupe une place centrale dans l'imaginaire et la culture malgaches.

L'exposition réunit plusieurs artistes : Fanja R, Jessica Solomon, Noely Ratsimiebo, Saïda Augustine, Iandry Randriamandroso, Kiady Ratovoson et Rado Ramilison. Ensemble, ils déclinent l'amour des arbres à travers une grande diversité de médiums et de techniques, offrant une expérience à la fois visuelle, tactile et poétique.

Kiady Ratovoson : du bois à la lumière

Au cœur de la Flow Gallery, les sculptures de Kiady Ratovoson captivent. Branches et troncs tombés retrouvent vie, transformés en bancs ou en suspensions lumineuses. Nature Lifted, suspendue comme une aura au-dessus des visiteurs, fait danser la lumière sur les fibres végétales, évoquant un souffle de renaissance.

Chaque pièce, façonnée en quatre à cinq mois de travail artisanal, témoigne d'une attention particulière portée à la matière et au geste. En collaboration avec Saïda Augustine, des tentures et feuilles brodées mêlent corps et végétal. Avec Radary, Kiady imagine des formes organiques emboîtées, évoquant racines et réseaux souterrains invisibles mais essentiels à la vie.

Fanja R : poésie, racines et oiseaux

Pour Fanja R, Dendrophile est avant tout une célébration de l'amour des arbres, avec une attention particulière portée à l'Amontana, emblème de la culture malgache. À travers ses triptyques, l'artiste explore la puissance des racines, l'élévation et la transmission. « Je veux montrer que chaque arbre, chaque racine, chaque feuille a une histoire. S'enraciner avant de s'élever, c'est apprendre à écouter le vivant autour de nous », explique-t-elle.

Son travail oscille entre planche de botaniste et coloriage enfantin, mêlant sensibilité, poésie et accessibilité. En collaboration avec Iandry Randriamandroso, designer et artiste plasticien basé aux États-Unis, elle développe le motif de l'oiseau, figure récurrente de son univers. « Les oiseaux symbolisent la liberté, mais aussi la délicatesse de la vie », confie-t-elle. Les points et textures qui les entourent s'inspirent de textes éducatifs découpés dans des magazines, transformés en formes de feuilles, tandis que la toile intègre des photographies récupérées, dont certaines de Pierrot Men, créant un mouvement subtil au cœur du végétal.

Au-delà des toiles, Fanja R explore également le design et l'artisanat. Elle présente des bijoux en argent inspirés des feuilles et de l'écorce, ainsi qu'une œuvre miniature mêlant bois récupéré et argent. L'exposition s'enrichit aussi de l'univers féerique de Finté, avec de petites figures argentées façonnées à partir de branches récupérées. « Ces petits personnages sont comme des gardiens silencieux de la forêt », précise l'artiste.

Sa collaboration avec Kiady Ratovoson donne enfin naissance à Ravorona, un tabouret surmonté d'un collage en forme de plume réalisé à partir de chutes de cuir. « Chaque création est un hommage au vivant, à sa mémoire et à sa beauté », conclut-elle.

Iandry Randriamandroso et le Baobab amoureux

Au hall de l'aéroport, Le Baobab amoureux d'Iandry Randriamandroso se déploie comme une sculpture graphique. Ses branches torsadées forment un cœur, lisible de tous les angles, symbole d'amour et d'unité. À proximité, les bancs et sculptures de Kiady prolongent cette poésie, offrant un contact direct avec le bois et la matière.

Une immersion dans la vie des arbres

Dendrophile n'est pas seulement une exposition : c'est une expérience sensorielle. Le regard effleure le bois travaillé, perçoit la texture des fibres, suit la lumière dans sa danse sur les branches. Chaque œuvre incarne la résilience, la mémoire et la beauté des arbres, transformant le vivant en langage universel.

Dans ce dialogue entre nature et création, l'exposition rappelle que préserver le vivant, c'est aussi célébrer l'humain dans sa capacité à créer, ressentir et transmettre.

Lucas Rahajaniaina

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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