Il vient d’Andrebabe (Fin)
23 juillet 2024 // Mistery // 6329 vues // Nc : 174

5 - Il m’annonça alors qu’il ne pouvait demeurer longtemps, qu’il devait partir et ne reviendrait jamais. Il répétait inlassablement que l’heure était venue pour lui, qu’il ne reviendrait plus. Quant à moi, les larmes inondaient mon visage, l’impression de vivre un cauchemar éveillé m’assaillait. J’avais le vertige et ma tête semblait sur le point d’éclater.

« Mais que se passe-t-il ? Que t’arrive-t-il ? » le suppliai-je, en pleurs, accrochée à ses jambes.

Ne sois pas triste, me répondit-il d’une voix sereine. Bientôt, tu trouveras quelqu’un qui me remplacera. Tu auras de nombreux enfants et tu deviendras riche, comme tu l’as toujours souhaité.

Mais c’est toi mon mari, viens, rentrons et fondons une grande famille, rétorquai-je en tentant de l’attirer vers moi, bien que mon corps fût terriblement affaibli

Tu n’as plus confiance en moi, alors ? me dit-il avec un léger sourire. Il prit délicatement ma main et poursuivit : « Ce n’est pas que je ne t’aime plus, bien au contraire. Je ne sais même pas comment je vais faire pour t’oublier. »

 À ces mots, mes larmes redoublèrent d’intensité. Je ne comprenais rien à la situation, ses paroles m’échappaient, et pourtant il continuait son monologue incessant. Le chagrin et la douleur me martelaient les tempes, et j'ai fini par perdre patience. Je lui ai donc ordonnai de se taire et de me dire s’il avait une autre femme quelque part dans ce coin reculé. « Je suis prête à m’y résigner si tel est le cas, mais dis-moi simplement la vérité. » Il se tut alors un instant, avant de tomber à genoux à ma hauteur, les yeux embués de larmes. Il prit une profonde inspiration et commença enfin à me dévoiler toute son histoire.

Si tu connaissais mon histoire, tu ne souffrirais pas ainsi. Il m’est difficile de tout te révéler, mais il le faut. Sept jours avant de quitter Antananarivo, je n’arrêtais pas de rêver de ma mère.

Tu as rêvé d’elle ? lui demandai-je.

Ne m’interromps pas, dit-il. Nous n’avons plus beaucoup de temps.

6 - Chaque soir, je rêvais de cet endroit. Ce moment précis où je suis à genoux, te parlant et il m’était aussi déjà apparu en songe. Dans mes rêves, j’entendais sans cesse la voix de ma mère et de toute ma famille m’enjoignant de revenir. « Reviens, » disaient-ils, « la récolte de riz est prête et nous avons hâte de te revoir. » Après une minute de silence, il poursuivit : « La vérité, c’est que je ne suis pas un enfant de la terre, mais de la forêt. Nous ne venons pas du même monde. » Quelle abomination venait-il de proférer, me demandais-je sans pouvoir rester totalement concentrer sur son récit. C’est pour cela que nous ne pouvons continuer notre histoire, c’est aussi pour cela que tu n’as pas encore eu d’enfants. Tu ne pourras pas mener une vie épanouie tant que tu resteras avec moi, poursuivis-t-il. À ces mots, mes paupières se firent lourdes. Une sensation de malaise grandissant m’envahit, et je finis par m’évanouir totalement., Ne pouvant plus entendre un mot de plus.  Lorsque je repris conscience, il n’était plus à mes côtés, la brume s’était dissipée, et j’ignorais où je me trouvais. Je me redressai alors, hurlant son nom de toutes mes forces, mais seule l’écho de ma propre voix me répondait. Résignée, constatant que la nuit tombait, je décidai de rebrousser chemin pour retrouver la route du retour. J’étais perdue, il n’y avait pas même l’ombre d’un sentier aux alentours, seulement des arbres dans une forêt dense. J’appelais à l’aide, mais personne ne répondait, et, épuisée, je ne cessais de pleurer.

Après une heure de marche, j’aperçus un jeune homme et un vieillard. Je me suis donc précipitée vers eux, incapable de prononcer un mot à cause de la fatigue, de l’angoisse et de la faim. Je m’effondrai sur eux. Avec une grande bienveillance, ils tentèrent de me questionner, mais voyant que j’étais à bout de forces, ils me prirent sur leurs dos et me ramenèrent au village.

7 - À peine arrivée aux portes du village, Roger, visiblement angoissé depuis des heures, se précipita vers moi. Il m'inonda de questions, mais une seule idée m’obsédait : rencontrer sa mère. J’insistai donc, sans prendre le temps de répondre à ses interrogations sur ce qui s’était passé, où nous étions, et encore moins où se trouvait mon mari.

Allons chez ma belle-mère, insistai-je.

Roger me fit monter dans la voiture, et nous prîmes aussitôt la route. Il réitéra ses questions, mais je ne pouvais y répondre, car évoquer ce qui s’était passé aurait pu littéralement me rendre folle. Cependant, devant son insistance, je rassemblai mon courage et lui racontai toute l’histoire. Il peinait à me croire, non pas parce qu’il doutait de ma sincérité, mais parce que l’histoire en elle-même semblait invraisemblable.

Une fois arrivés chez ma belle-mère, je me précipitai vers la porte et me mis à tambouriner. Peu de temps après, elle ouvrit, l’air très soucieux en me voyant. Une fois installée dans le salon, de nombreuses personnes nous rejoignirent, visiblement curieuses et inquiètes de ce qui pouvait bien m’amener ici, en pleurs et au bord de la folie, à une heure si tardive. Je ne pus soutenir longtemps le suspense et me mis à tout déballer. À la fin de mon récit, j’étais en larmes, suivie de ma belle-mère et de toutes les femmes présentes. Les aînés, eux, restaient pensifs, sans réaction apparente, jusqu’à ce que le grand frère de ma belle-mère rompe le silence :

Il est donc reparti à Andrebabe. Ils venaient donc d’Andrebabe... dit-il à sa sœur.

Perplexe, je me tournai vers ma belle-mère, encore très bouleversée. Après un moment d’accalmie, elle me raconta sa véritable histoire, un secret gardé depuis maintenant vingt-cinq ans.

8 - Il y a maintenant vingt-cinq ans, par un jour de pluie, une femme sur le point d'accoucher, visiblement exténuée par une longue marche, est venue frapper à ma porte. En tant que sage-femme, je l’ai accueillie sans poser de questions, et l'accouchement a aussitôt commencé. Elle mit au monde un petit garçon et, dès cet instant, elle n'a cessé de pleurer. Nous ne pouvions la consoler. Je lui posai des questions sur sa famille, d’où elle venait, dans l’espoir de mieux l’aider, mais elle ne répondait pas. En vérité, elle ne pouvait pas me répondre : elle semblait vouloir parler, mais à chaque tentative, elle restait muette.

Sans vouloir la fatiguer davantage, j'ai cessé de l’importuner et je suis allée préparer de quoi la nourrir. Le temps de m’éclipser et de revenir, elle avait disparu. Elle avait laissé derrière elle son enfant, sans rien d'autre : pas de lettre, pas de photo, aucune explication, juste un enfant. Je ne pouvais rien faire d’autre que d’élever ce bébé innocent. Je lui en ai voulu pour cet abandon, et aujourd'hui, je lui en veux encore plus de m’avoir enlevé mon enfant, celui que j’ai élevé pendant vingt-cinq ans. Finissait en pleure ma belle-mère.

Quant à moi, je ne pouvais rien dire, tout se bousculait dans ma tête. Tant de questions tourbillonnaient en moi. Mon mari avait été adopté, sa véritable mère restait un mystère, tout comme ce qui s’était passé. Sa mère l’avait emprunté un moment, elle me l’avait confié avant de me le retirer. Il ne venait pas d’ici, il venait d’Andrebabe...

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C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

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