À Madagascar, le granite finit souvent en pierre tombale ou en matériau de construction. Stéphanie Razafindrabe lui imagine une autre destinée, entre mobilier, sculpture et décoration. Avec Granit’Ix, la pierre entre dans les salons, hôtels et restaurants haut de gamme, et le design devient soudain du lourd.

Devant un rocher, Stéphanie scrute la grosse pierre, la caresse presque comme si elle était en état second. Elle observe ses veines, sa couleur, ses irrégularités. Puis elle revient brusquement à elle-même. « Cette pierre-là pourrait devenir une petite table basse pour un salon ou, pourquoi pas, un jardin », s’exclame-t-elle. « Le design commence par une conversation avec la matière », dit-elle, pour expliquer la raison de ce sursaut. Ce dialogue n’a rien d’abstrait. Fille d’un artisan de la pierre, elle a grandi dans cet univers où le granite se façonne à coups de savoir-faire et de patience. Après des études en management, elle choisit pourtant d’y entreprendre et fonde Granit’Ix en 2021, à Fenoarivo, un atelier consacré exclusivement à la pierre. « Je ne peux jamais complètement imposer ma volonté à la pierre », reconnaît-elle.
Chez Granit’Ix, Stéphanie imagine et les artisans façonnent. Une table, un objet décoratif ou une pièce plus sculpturale peut ensuite trouver sa place dans un salon, un hôtel, un restaurant, un jardin, un espace public ou une galerie. Les créations démarrent autour de 700 000 à 1 million d’ariary et peuvent grimper selon la pierre, les dimensions, la complexité et les finitions. Le travail demande du temps, parfois plusieurs semaines pour les pièces les plus ambitieuses. « Une fois qu’on a retiré de la matière, elle est retirée », rappelle-t-elle. Une vérité qui vaut son pesant de granite. Parmi les réalisations qui ont marqué l’atelier, la Sarindra Collection occupe une place particulière. Présentée lors de « Bruissements de la Pierre, Slow Design » puis au Malagasy Design Gaze, elle a contribué à affirmer son langage. En 2026, Marmomac, à Vérone, lui a aussi permis de confronter son travail à celui de professionnels venus du monde entier.
Reste une question, presque incontournable lorsqu’une créatrice travaille une matière aussi intimement liée au territoire. Où se glisse Madagascar dans ces objets ? Stéphanie ne cherche pas à plaquer des motifs ou des symboles nationaux sur ses créations. Elle préfère laisser la matière parler, avec son histoire et ses particularités. « On peut raconter Madagascar à travers une matière, une manière de travailler, une histoire ou une approche du design », déclare-t-elle, sobrement. La touche malgache serait donc moins une décoration qu’une manière de faire. De quoi donner au granite une nouvelle adresse, loin des chantiers et des cimetières. Et peut-être rappeler, au passage, que même une matière lourde peut changer d’allure lorsqu’on lui donne un peu de légèreté.
Lucas Rahajaniaina
Contact : 0325926164
Email : Stephanie.razafindrabe@granitixtouch.com
Web : www.granitixtouch.com
Photos fournies par Stéphanke Razafindrabe