Nirina Razafindrafara : De fil en aiguille
19 février 2026 // Métiers & Petits Métiers // 2784 vues // Nc : 193

À même le tumulte du plus grand marché de la capitale, Razafindrafara Nirina coud, retouche, ajuste. Depuis près de trente ans, ses gestes précis racontent un métier discret mais essentiel, fait d’endurance, de débrouille et d’un savoir-faire patiemment acquis. Portrait d’une couturière de rue qui tient le fil, coûte que coûte.

Dès huit heures du matin, à Analakely, le marché s’éveille dans un ballet dense et bruyant. Entre les étals et les passants pressés, une machine à coudre ronronne. Derrière, Razafindrafara Nirina installe ses outils avec la régularité d’un rituel. Fils multicolores, aiguilles, ciseaux, boutons : peu de choses, mais l’essentiel. Ici, pas de vitrine ni de néons. Juste un emplacement fixe et une réputation forgée à coups de retouches bien faites. « Je fais surtout du reteillage et des retouches, c’est ce pour quoi on nous connaît ici », explique-t-elle. Tenues scolaires, blouses, tabliers, rideaux : des vêtements utiles, du quotidien, loin des tendances éphémères. Nirina le dit sans détour : elle ne coud pas ce qu’elle juge trop complexe ou trop à la mode. À Analakely, l’urgence n’est pas d’être tendance, mais d’être efficace.

Le métier s’apprend dans l’audace. « Plus on ose accepter le travail, plus on progresse. Si on n’essaie pas, on n’apprend pas », affirme-t-elle. Une blouse scolaire peut être terminée en une journée, à condition qu’aucune commande ne précède. Sinon, il faut attendre. Certaines pièces, toutefois, résistent davantage. Nirina se souvient encore d’une veste de costume pour homme, exigeante, minutieuse, presque intimidante. Les périodes de fêtes et la rentrée scolaire sont les plus fastes. Le rythme s’accélère, les clients affluent. Les prix augmentent légèrement, de 6 000 à parfois 10 000 ariary. « Les gens veulent être servis vite, ils comprennent », précise-t-elle. La clientèle est variée, fidèle pour certains, de passage pour d’autres.

Rien ne prédestinait Nirina à la couture. Elle commence en 1998, presque par hasard, avec une machine à coudre à la maison. Autodidacte, elle affine son savoir-faire au fil des années, avant de suivre une courte formation durant le confinement. Aujourd’hui encore, elle travaille avec une ancienne machine manuelle. Son objectif reste simple : « Avoir de meilleurs équipements ». À 17 heures, Nirina remballe. Elle ne travaille pas le dimanche. Parfois dix pièces par jour, parfois moins. Le métier permet de vivre, dit-elle, même si la précarité n’est jamais loin. À Analakely, ils sont nombreux couturiers. Mais tant que le fil tient, Razafindrafara Nirina continue de coudre le quotidien, point après point.

Lucas Rahajaniaina

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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