Arvind Tsounilal : La folie de grande heure
26 mai 2026 // Métiers & Petits Métiers // 1759 vues // Nc : 196

Installé au cœur de la capitale, cet horloger discret a fait de son atelier un refuge pour les amateurs de belles montres. Entre geste sûr et œil exercé, il perpétue un métier rare, à contre-temps d’une époque pressée.

Dans sa boutique, le silence n’est jamais complet. Il y a ce tic-tac diffus qui flotte dans l’air, à la manière d’un métronome oublié dans un coin de studio. Arvind, lui, occupé à obeserver, ne parle pas beaucoup quand il travaille. Ses doigts, d’une grande précision, saisissent une vis minuscule, la déposent, la replacent. Tel un chirurgien d’un autre temps, ceux qui opéraient sans trembler, presque à l’instinct. « On ne peut pas trembler, sinon la montre est perdue », glisse-t-il sans lever les yeux. Sur l’établi, une mécanique ouverte. Il incline légèrement la tête, ajuste sa loupe, puis souffle à peine — un geste simple, mais qui dit tout du métier.

Rien ne le destinait vraiment à cela. Issu d’une lignée de bijoutiers, il choisit pourtant une autre voie, presque une bifurcation. « Dans ma famille, personne ne faisait d’horlogerie. Moi, ça m’a attiré. Peut-être parce que c’est plus… vivant », dit-il. Direction l’Inde pour se former, là où l’on apprend encore en regardant, en répétant et en se trompant aussi parfois. Depuis, il n’a jamais quitté ce rapport presque charnel au mécanisme. Les montres défilent, mais ne se ressemblent pas. Une automatique récalcitrante, une électronique silencieuse, une vieille horloge murale qui a perdu le fil. « Aujourd’hui, on remplace beaucoup. Moi, je préfère comprendre et réparer », insiste-t-il. Une forme de résistance, en somme, à l’époque du jetable — sans discours militant, juste avec des outils.

Sur la table : pinces ultrafines, tournevis minuscules, huiles spécifiques, appareils de mesure. Certains instruments coûtent plus cher qu’une montre ordinaire. Ironie tranquille d’un métier où l’invisible a souvent plus de valeur que le visible. Côté tarifs, la logique suit celle du geste. Une révision simple commence autour de 100 000 ariary. Pour des pièces plus complexes, on grimpe à 250 000. Les montres de poche, elles, exigent près de 300 000 ariary, tandis que certaines pièces de luxe — Omega, Rolex — demandent plus d’une semaine de travail, pour des montants flirtant avec le million. Même les piles ont leur hiérarchie, de 35 000 ariary à des modèles capables de tenir une décennie. Le temps, décidément, a un prix.

Arvind, lui, ne compte plus vraiment. « Chaque montre est un défi. C’est ça qui me plaît. » Il referme délicatement un boîtier, écoute, ajuste encore. Le tic-tac reprend, presque imperceptible. Comme si, au fond, rien ne s’était arrêté.

Lucas Rahajaniaina

Contact : 0340155475
Mail : Tsounilal@gmail.com

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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