Fatana : Pour faire bouillir la marmite
28 décembre 2025 // Métiers & Petits Métiers // 3797 vues // Nc : 191

Au bord d’un étang, entre le quack des canards et le vrombissement des voitures de la RN7, Sylvianne Rasolonirina et sa famille/équipe semblent construire plusieurs pots en terre. Ce sont les futurs réchauds en argile, des créations héritées de ses parents et de son propre travail depuis plus d’une douzaine d’années.

Ici, un jeune homme malaxe un amas de boue avec ses pieds, le rythme presque musical, comme une chorégraphie improvisée entre la glaise et la gravité. Là, trois jeunes femmes façonnent des cylindres avec une précision qui force le respect. Plus loin, deux hommes soulèvent ces formes encore fragiles, mi-vases mi-promesses, et les déposent près du four où elles durciront. La scène ressemble à un vieux film artisanal, brut, sans artifices. Et tous, une vingtaine au total, appartiennent à l’équipe de Sylvianne Rasolonirina, gardienne d’un savoir-faire qui chauffe encore des milliers de foyers malgaches. « Il y en a au moins une centaine », dit-elle en désignant les rangées de pots en argile, les cylindres, comme elle les appelle avec affection.

Ces cylindres seront la base des fatana mitsitsy, les réchauds économes en charbon, devenus indispensables dans un pays où cuisiner coûte parfois plus cher que manger. « Une personne peut faire jusqu’à quarante réchauds par jour », précise-t-elle. Une cadence qui force l’admiration, surtout quand on observe l’effort derrière chaque geste. Chaque poste a son maître. « Certaines tâches nécessitent une certaine poigne, donc c’est réservé aux hommes », explique un jeune dans la vingtaine, un des ouvriers. Tailler, garnir la carapace en fer, remplir de terre – « c’est cette terre qui assure sa dureté » – revient au reste de l’équipe. Une véritable ruche. Et Sylvianne, qui fabrique des réchauds depuis ses 13 ans, en connaît chaque secret.

Mais le métier n’est pas toujours tendre. « Il nous faut du soleil pour sécher les cylindres. Quand il pleut, on recouvre d’un grand sachet et on attend… », soupire-t-elle. Parfois, ce sont les matériaux qui manquent. L’argile se fait rare. « On achète chaque fois qu’on trouve un vendeur, mais c’est devenu très difficile. » D’autres fois, c’est la tôle pour la carapace qui se fait désirer. Pourtant, le fatana reste indétrônable. « Nous en envoyons en province : Mahanoro, Vatomandry, Antsirabe, Toamasina… » confie Sylvianne. « La plus grosse commande jamais réalisée était destinée à l’étranger. Enfin, d’après celui qui est venu la chercher », raconte-t-elle. Mais vendre au bord de la route, avec sa famille, relève souvent du parcours d’obstacles. « On trouve toujours une excuse pour nous chasser », dit-elle, résignée.

Les prix oscillent entre 3 000 et 5 000 ariary. Il y a des modèles inspirés du rice-cooker – le best-seller, paraît-il. Sylvianne rêve maintenant d’un cadre officiel. « Je voudrais que notre activité soit formalisée, que nous soyons considérés comme une vraie société. Parce que c’est ce que nous sommes », lance-t-elle. Et à la voir, debout dans cette terre battue où chaque morceau d’argile devient foyer, on se dit que oui, leur feu mérite enfin d’être reconnu.

Rova Andriantsileferintsoa

Contact : +261 38 38 803 13

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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