Kura : Le malgache fait école
9 août 2026 // Littérature // 1937 vues // Nc : 199

Elle dévore Molière et Shakespeare, se nourrit des classiques de la littérature mondiale — et pourtant, toutes ses œuvres sont écrites en malgache. Holisambatra Sénirah Rovaniaina, alias Kura, vient de sortir simultanément deux histoires illustrées en mai 2026 chez Tsingory. Une double parution qui installe cette jeune autodidacte comme l'une des voix les plus originales de sa génération.

Le paradoxe est séduisant. Voilà une écrivaine dont les références littéraires sont Molière, Shakespeare, les grandes plumes européennes — et qui choisit délibérément d'écrire dans sa langue maternelle, avec tout ce que cela implique de rigueur et d'exigence. Parce que la langue malgache n'est pas une langue de substitution. Elle est, chez Kura, un choix politique et esthétique. Son premier titre de cette double parution, Azy, en est la démonstration la plus convaincante. Initialement écrit en français, il a été entièrement réadapté en malgache — un travail minutieux pour retransmettre chaque nuance de mélancolie d'un texte sur la maternité et ses angles morts. « On ne se demande presque jamais qui était notre mère avant de le devenir. On oublie qu'elle a eu des rêves, des blessures et une histoire avant notre naissance », confie-t-elle. La langue porte l'émotion différemment. Et ici, elle la porte mieux.

Le second titre, Tsioka, inaugure ce qu'elle appelle sa Light Saga. Un frère et une sœur propulsés dans le Madagascar d'autrefois, à la rencontre des angano — ces contes et légendes transmis de génération en génération, qui constituent l'un des patrimoines immatériels les plus riches de la Grande Île. Le genre choisi est celui de l'isekai des mangas japonais — personnages transportés dans un autre monde, avec ses règles, ses créatures, ses mystères. Mais ici, l'autre monde, c'est le nôtre. « Mon objectif est de faire découvrir les légendes malgaches d'une manière accessible et moderne, tout en donnant envie aux lecteurs, notamment les plus jeunes, de s'intéresser à ce patrimoine », explique Kura. Une manière subtile de réconcilier la culture pop et la mémoire collective.

Étudiante en travail social, Kura n'est pas venue à la littérature par les voies académiques habituelles. C'est la passion qui a tout commandé. Ses romans adoptent un style fluide et captivant, conçu pour se lire en une journée — une réponse directe à la concurrence des écrans dans les habitudes de lecture des jeunes. Ce n'est pas de la littérature facile pour autant. C'est de la littérature efficace, qui sait où elle va. « C'est une invitation à redécouvrir nos racines sous un jour totalement inédit », résume-t-elle avec le sourire. Quand Molière écrivait en français populaire pour toucher tous les publics, il faisait exactement ça.

Tatiana Randriamanakajasoa

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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