Ludovic Ratsiterena : Ça devait sortir
14 mai 2026 // Littérature // 2465 vues // Nc : 196

Avec Valise poétique, publié en février 2026, Ludovic Ratsiterena — alias Libertador — signe un recueil dense, né dans l’urgence des événements de septembre 2025. Entre chronique intime et prise de parole citoyenne, le poète malgache transforme le vers en espace de résistance.

Il l’a intitulé « Valise poétique », bien qu’il n’ait jamais pensé à le publier. « C’est le recueil le plus inattendu que j’aie jamais écrit », confie Libertador. Pendant trois semaines, au gré des tensions et des bouleversements du pays, il écrit presque tous les jours. Ce qui devait être juste une chronique se transforme en un véritable objet littéraire — avec 33 poèmes, deux textes en bonus et une sorte de besoin presque physique d’écrire. « Valise poétique est une valise avec une immunité littéraire inviolable », explique-t-il. Ça peut surprendre, mais ça montre bien l’intention : créer un espace où la parole circule librement, sans censure, sans détours inutiles. Dans ses écrits, l’auteur critique, questionne ou éclaire. Une « arme douce, un acte d’amour pour la patrie », précise-t-il.

Dans ce recueil, on navigue à travers différents registres. Il y a de la colère — parfois diffuse, parfois directe — face aux dysfonctionnements. L’espoir émerge aussi, subtilement, entre les lignes. Et puis, il y a ces instants délicats, presque sensoriels : une odeur, un parfum, une sensation qui se transforme en poème.

Comme chez Baudelaire, où le banal devient matière littéraire. Libertador, lui, reste bien ancré dans son époque : manifestations, frustrations collectives, élans populaires. Chaque texte agit comme une capsule de réalité. « Je voulais montrer que certaines choses ne fonctionnent pas, sans désigner quelqu'un », dit-il. C’est une ligne fine, délicate, mais bien présente. Défendre le droit d’expression sans tomber dans l’invective. Dire sans accuser directement. Une attitude qui rappelle, d’une certaine manière, les traditions orales malgaches — où l’on suggère parfois plus qu’on n’affirme.

Le style de Libertador, c'est un peu comme une conversation entre amis. Il utilise une langue simple, accessible, mais qui porte toujours une touche poétique. À 28 ans, ce poète ne compte pas s'arrêter là. Il a des projets en cours, que ce soit des nouvelles, un roman, des concours internationaux ou des résidences artistiques… L'ambition est bien là. Il parle aussi de son engagement dans le projet « 1 Écrivain, 1 Bibliothèque », une façon de faire vivre la littérature au-delà des pages. « Ouvrir cette valise, c’est accepter un voyage », dit-il.

Lucas Rahajaniaina

Contact facebook : Ludovic Ratsiterena
Photos Andry Randrianarisoa

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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