Résidence d’écriture ou comment ouvrir des portes sur le monde
29 mars 2026 // Littérature // 3330 vues // Nc : 194

L’insularité de Madagascar a longtemps freiné la découvrabilité de ses artistes. La mer et les plages de sable fin sont un atout paysager, mais au-delà du cadre bucolique, il s’agit d’une condition géographique qui rend la confrontation au monde plus difficile, condamnant souvent nos artistes à rester des voix nationales, parfois régionales, rarement entendues dans le grand concert du monde. Les temps changent pourtant. Des initiatives permettent de déjouer les frontières, de boire le souffle de l’ailleurs, de le tailler pour en faire des œuvres qui partent de partout mais sont signées par ceux d’ici. Ayant expérimenté ces dispositifs, notamment la résidence Afrique Haïti, qui va m’emmener de Madagascar à Bordeaux, en passant par l’étape centrale de Saint Louis, j’en livre un témoignage critique.

Saint-Louis, un pont jeté entre deux mondes

Écrire un roman, c’est tenter d’ouvrir dans le réel une place pour le sensible. Peau noire, Île Rouge, projet qui m’a conduit à Saint-Louis centré sur le lien entre tirailleur sénégalais et peuple malgache , ne fait que cela : déblayer ce qui est pour faire ressentir ce que l’oubli a recouvert. Cette fois, le creux que l’écriture aménage s’étend sur deux, peut-être trois civilisations, enjambant les frontières tout en les liant dans une même responsabilité.

Mais se mettre à hauteur du sensible exige plus que de la documentation. Il faut goûter des lumières, manger des couleurs, traverser les odeurs des marchés, éprouver la solitude propre à chaque lieu. Cela suppose d’aller à l’endroit même du roman. Ainsi seulement la création s’ouvre au monde et le laisse entrer en elle. C’est la condition d’une cohabitation juste, seule garante d’une œuvre qui parle à soi et aux autres. Être ici, à Saint-Louis, au moment où j’écris, c’est franchir un seuil pour aiguiser, dans l’ignoré, les pointes d’une réalité que le temps émousse, non pour transmettre, mais pour faire écho.

Fissurer l’exotisme ?

L’exotique, c’est ce qui paraît étranger et fascinant par son éloignement. On nous a définis ainsi. Pourtant, rien ne nous oblige à l’accepter, même si certains ont fini par s’accommoder des barreaux de cette prison. Fissurer cette boîte suppose un geste simple et difficile : se rapprocher, dire ce qui nous lie au monde, imposer la réalité d’un lien viscéral malgré l’indifférence.

Voyager, explorer ces attaches oubliées, les vivre concrètement, permet de pointer des réalités communes, des blessures partagées, et peut-être de se tenir enfin d’égal à égal autour d’une table pour dénouer ce qui nous étouffe? Plutôt que de moisir dans des définitions de carte postale où l’image d’un pays-paradis tient lieu de pensée.

Ces opportunités sont à saisir. Il faut frapper ou caresser, déranger ou séduire, blesser et faire jouir, pour tirer sur ce qui nous relie et nous amener à y être sensible à nouveau…

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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