Expédition : Namoroka, au coeur des pluies
10 juin 2025 // Escales // 4633 vues // Nc : 185

Alors que la pluie tombe en abondance, l’agence Langaha Be by EWE a conduit une expédition naturaliste au sein du massif karstique du parc national des Tsingy de Namoroka. Une aventure logistique et humaine inédite initiée par l’association Tia Tany, lauréate 2024 de la bourse "exploration et biodiversité" de la Fondation Iris, en partenariat avec la Société des Explorateurs Français.

Une partie de l’équipe en haut des Tsingy du camp d’Ambovonoby
Traversée de la source de Mandevy

Pour la première fois, une expédition naturaliste composée de photographes, de cinéastes, d'agents et pisteurs forestiers s’est aventurée au sein du massif karstique du parc national des Tsingy de Namoroka en pleine saison des pluies, période pendant laquelle cette région est impraticable via les moyens de transport motorisés habituels. Cette mission marque un tournant dans l’histoire de la découverte d'un site exceptionnel encore largement méconnu. Dix ans après la dernière mission réalisée en saison sèche, qui avait donné lieu au film documentaire de 90' "La labyrinthe secret de Namoroka", des caméras sont revenues pour documenter la transformation du massif sous l’effet de la pluie : une redécouverte totale du paysage, méconnaissable sous la végétation en pleine explosion et la dynamique de la faune propre à cette période.

Lepilemur sp. femelle et son petit dans les Tsingy

Face à l’inaccessibilité du site en cette saison, l’équipe logistique encadrée par Malou Guerraz et Marc Gansuana a dû repenser totalement sa logistique. Les 4x4 ont laissé place à 16 charrettes à zébus, construites et aménagées pour l’occasion, en concertation avec les communautés locales et leur savoir-faire traditionnel. Pour atteindre les abords du massif, 135 km ont été parcourus par la mer, suivis de plus de 24 heures à bord de ces fameuses charrettes avant d’apercevoir les Tsingy. Les 200 km de progression autour du massif ont été rendus possibles grâce à la contribution indispensable de 32 zébus, 16 charretiers, 5 pisteurs et guides, et 2 cuisinières, tous issus du village enclavé de Vilanandro, ainsi qu’au soutien de Madagascar National Parks. Aux côtés de cette équipe locale, 6 membres de l’expédition ont assuré l’organisation, la logistique et la captation du voyage. Plus de quatre tonnes de matériel ont été mobilisées pour garantir un mois d’autonomie : équipements de bivouac, dispositifs audiovisuels, matériel scientifique, vivres. Chaque jour, les campements étaient installés selon les possibilités d’accès aux zones d’intérêt, dans des conditions souvent rendues difficiles par la boue, l’humidité et les obstacles naturels. Le rythme lent imposé par ce mode de déplacement a permis une immersion profonde dans le rythme du lieu et une observation fine de sa biodiversité.

Une biodiversité révélée
L’expédition a permis de documenter des zones habituellement inaccessibles à cette période de l'année et de révéler une biodiversité insoupçonnée : des centaines de papillons, une grande richesse de reptiles, amphibiens et arthropodes, des baobabs et des orchidées en pleine floraison, des lémuriens profitant d’une végétation luxuriante, des crocodiles habituellement retirés dans leurs grottes, sortis pour rejoindre les lacs temporaires et s’y nourrir avant que ceux-ci ne disparaissent à nouveau… Un foisonnement de vie.

Un projet éducatif et humain.
Tout en témoignant de l’incroyable biodiversité tant floristique que faunistique du site, l’association Tia Tany porté par Isabelle Coulon et Jean-Michel Corillion a souhaité mener des actions humanitaires et pédagogiques fortes, en visitant des établissements scolaires de brousse. Le premier fut l’école primaire de Vilanandro où des actions de sensibilisation à l’environnement ont été menées, des dons conséquents en matériel et manuels scolaires ont été faits. Les membres de l'expédition ont pu constater que les habitants du village jouent déjà un rôle actif dans la préservation du site de Namoroka, et de nombreux enfants aspirent à devenir guides à leur tour. En fin de mission, un second établissement à été visité, celui du campus de Besely situé à quarante kilomètres de Mahajanga. Naturalistes et cinéastes ont pu échanger avec les enfants et partager leurs découvertes. Cette transmission est au cœur des engagements portés par L’association Tia Tany et l’agence Langaha Be by EWE pour un avenir durable de la région.

Une suite scientifique
L’aventure ouvre également la voie à une nouvelle mission scientifique d’envergure internationale, attendue dès 2026, portée par les mêmes organisateurs. Ce sanctuaire de pierre, d’eau et de vie a encore beaucoup à révéler à celles et ceux qui prennent le temps de l’écouter.

Textes & Photos : Marc Gansuana / Malou Guerraz

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Canal+ Madagascar : 150 collaborateurs sous un même toit

Lire

4 novembre 2026

Canal+ Madagascar : 150 collaborateurs sous un même toit

Après Analakely, puis la zone Galaxy à Andraharo, Canal+ Madagascar pose ses valises à Morarano-Alarobia, et la raison tient en une phrase très concrè...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Interview - Mahasahy Afido - Octobre 2026 - NC 201

Découvrez Mahasahy Afido, spécialiste du bonebreaking, dans le no comment® NC 201 – octobre 2026
Un bras se plie à l'envers. Une épaule semble sortir de son axe. Dans la salle, certains se cachent les yeux. Mahasahy Afido, danseur-chorégraphe et spécialiste du bonebreaking, ne fait jamais dans le consensus. En 2026, il présente Mue, son premier solo — une pièce expérimentale sur ce que les jeunes héritent de leurs aïeux, entre torsions spectaculaires et mémoire intergénérationnelle.

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir