La Grotte d'Ambohipanompo : Sommet mystique
20 juin 2026 // Escales // 1368 vues // Nc : 197

43 kilomètres séparent Antananarivo du rocher de Manankasina. Deux heures de route pour quitter le bitume et retrouver ce que la capitale fait oublier : le silence, l'altitude et une mémoire qui ne tient pas dans les livres d'histoire.

La RN1 déroule son ruban vers l'ouest. Sans doute l'une des plus belles routes de l'Île Rouge, disent ceux qui l'empruntent régulièrement. À 4 kilomètres avant l'entrée d'Arivonimamo, un embranchement mène à Manankasina, ce village posé entre champs de manioc et ateliers de fabrication de cordes traditionnelles tenina. Les habitants accueillent sans effusion mais avec ce sourire franc qui n'a pas besoin de mode d'emploi.

Le site commence par une montée. 1 400 mètres d'altitude, un sentier qui grimpe sec mais sans cruauté pour les jambes habituées au trek. Du sommet, le regard porte loin : la montagne du Tsiafajavona d'un côté, les silhouettes d'Ambohidratrimo et d'Ivato de l'autre. Entre les deux, un jardin suspendu où poussent des plantes médicinales que les anciens connaissent par leurs noms malgaches, pas par leurs vertus estampillées sur des boîtes en pharmacie.

C'est là, sur ce pic, que reposent les Fasan'andriana. Des caveaux royaux. « Ces tombeaux datent des lustres et la grande exhumation, le famadihana, s'est déroulée en 1967 », explique Jaona Ranaivondriana, figure locale et ancien président du fokontany. « Ils abritent notamment le roi Andriambelomasina, qui régna avant Andrianampoinimerina, ainsi qu'Andriamarobasy, roi de l'Imamo. » À l'époque, un palais royal se dressait ici. Aujourd'hui, il n'en reste que le souvenir et la pierre.

Il faut redescendre pour atteindre ce qui attire vraiment les visiteurs : la Zohy d'Ambohipanompo, cette grotte qui n'est pas qu'une cavité dans la roche. Un palais naturel, plutôt. On y découvre des compartiments aménagés, des lits et des chaises en bois, témoins d'une vie organisée durant les périodes de repli. « Durant les conflits, les habitants s'y réfugiaient, restant hors d'atteinte de l'ennemi », poursuit Jaona. « C'était notre sanctuaire, doté de multiples passages secrets. »

L'atmosphère y est fraîche, presque froide. Une eau cristalline ruisselle le long des parois, abondante et précieuse. Un trésor que les habitants protègent avec une vigilance qui ne souffre aucune négociation. « Tout le monde est le bienvenu, mais à condition de respecter les instructions. Le site est sacré. Le porc y est strictement interdit », prévient Jaona d'une voix où perce l'autorité tranquille de ceux qui n'ont pas besoin de hausser le ton.

Manankasina ne se vend pas comme une carte postale. Le site se visite, se respecte, se découvre sans trop de bruit. Entre trek, mémoire royale et fraîcheur souterraine, l'endroit offre ce que la capitale ne peut plus garantir : du temps qui coule autrement. Ceux qui cherchent l'aventure avec un grand A risquent d'être déçus. Ceux qui veulent simplement sortir du cadre y trouveront leur compte.

Tatiana Randriamanakajasoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir