Yasmine Fidimalala : Mythes en technicolor
6 janvier 2026 // Arts Plastiques // 5536 vues // Nc : 192

Chez Yasmine Fidimalala, la peinture n’est ni un décor ni un exercice de style. C’est un espace vital. Une nécessité intime, presque physique, où le figuratif frôle l’abstrait et où la couleur devient langage, mémoire et réparation.

Depuis plus de vingt-cinq ans, Yasmine Fidimalala construit une œuvre singulière dans le paysage artistique malgache. Une œuvre dense, lumineuse, traversée par les figures féminines, les mythes, l’enfance et une spiritualité discrète mais constante. À travers ses toiles, elle explore cette ligne fragile — parfois tremblée, parfois éclatante — qui sépare le réel de l’imaginaire. Son entrée dans le monde professionnel remonte à 1998, lors du festival Hosotra à Antananarivo. Une première exposition, fondatrice. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que la peinture n’était pas juste une passion. C’était vital », confie-t-elle. Pour Yasmine Fidimalala, l’art ne relève pas du confort esthétique. Il est un outil de survie. « Faire de l’art, c’est d’abord ma thérapie. Peindre m’a permis de tenir debout », déclare la plasticienne.

Cette nécessité intérieure s’est construite très tôt, mais s’est structurée à l’École des arts appliqués de Bordeaux, où elle affine sa technique et son regard. Elle y reçoit également l’enseignement du peintre Léon Fulgence, figure marquante dans son parcours.

« Il m’a appris la rigueur, mais surtout l’honnêteté envers ce que l’on peint. Ne pas tricher », fait-elle savoir. Elle expérimente aussi la sculpture, multiplie les approches, sans jamais perdre de vue ce besoin fondamental : raconter par la couleur. Son univers pictural est immédiatement reconnaissable. Les toiles de Yasmine Fidimalala débordent de teintes franches, parfois presque excessives, toujours maîtrisées. Rouge incandescent, bleu profond, jaunes solaires : la palette est riche, vibrante, assumée. Le style est figuratif, mais jamais figé. Les corps, les visages, les décors semblent souvent glisser vers l’abstrait, comme si le réel refusait de se laisser enfermer. « Je ne cherche pas la ressemblance parfaite. Ce qui m’importe, c’est l’émotion juste », explique-t-elle.

Les femmes et les enfants occupent une place centrale dans son travail. Non pas comme des sujets décoratifs, mais comme des figures de force, de transmission et de vulnérabilité.

Zazavavindrano 50x30cm

« La femme malgache porte beaucoup. Trop, parfois. J’essaie de peindre cette puissance-là, mais aussi ses failles », expose Yasmine Fidimalala. Les enfants, eux, incarnent une forme d’espoir fragile, un lien entre ce qui a été et ce qui pourrait advenir. Les mythes et les symboles traditionnels traversent également son œuvre. Le zébu, notamment le Mazavaloha, revient comme une figure récurrente. Animal sacré, totem silencieux, il devient chez elle un symbole de résistance et de sagesse. « Ce sont des images qui font partie de nous, même quand on croit s’en être éloignés », dit-elle. Peindre ces mythes, c’est les réactiver, les inscrire dans le présent.

L’inspiration de Yasmine Fidimalala ne se limite pas à l’intime ou à la mémoire. Elle surgit aussi du réel le plus brut. « Je trouve mes idées dans la rue, dans les regards, dans ce qui se passe autour de moi », souligne l’artiste qui revendique sa sociabilité. Récemment, une scène vécue à Anosy l’a profondément marquée : les manifestations de la Gen Z. Elle se retrouve là, presque par hasard. Puis la tension, la foule, une explosion, la panique. « J’ai eu peur. J’étais triste. Ils réclamaient leurs droits et ont été dispersés violemment », lance-t-elle, encore émue. De cette expérience naît une œuvre habitée par l’urgence, le chaos, mais aussi par une immense humanité.

En mars prochain, Yasmine Fidimalala présentera une nouvelle exposition en duo à La Teinturerie, aux côtés du ferronnier d’art Hasina Andry Anjoanina. Intitulée MAZAVALOHA, cette exposition croise peinture et métal autour d’une même quête : celle des origines et de la transmission. « Nous arrivons à un âge où transmettre devient essentiel », confie-t-elle. Le projet se veut spirituel sans être mystique, ancré sans être figé. Chez Yasmine Fidimalala, la peinture n’est jamais une fin en soi. Elle est un passage. Une manière de dire le monde sans l’expliquer entièrement. De faire dialoguer le réel et l’abstrait, la douleur et la lumière. Ses œuvres ne cherchent pas à rassurer. Elles invitent à ressentir. Et peut-être, à regarder autrement.

Lucas Rahajaniaina

Contacte de l’artiste : 0348176785
Facebook : Yasmine Fidimalala
WhatsApp : +261 326096520

Les bâtissueuses 60x80cm
Zanaka Betsileo
Femme de lune rouge 60x50cm
Les gardiennes ancestrales 65x50cm
Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golf: Du green à Antalya

Lire

11 octobre 2026

Golf: Du green à Antalya

Ce samedi 10 octobre, le Golf du Rova à Andakana accueillait l’étape malgache de la Turkish Airlines World Golf Cup 2026. Ambiance concentrée, organis...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Making of shooting mode – octobre 2026 – NC 201

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition octobre 2026 - NC 201
Prise de vue : Café Mary Ankadimbahoaka  
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Mélodie, Thibault, Diamondra, Nomena, Akim, Mitia, Taniah, Tafita
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir