m'rija : Le sens de la matière
18 août 2026 // Arts Plastiques // 1497 vues // Nc : 199

Raoelison Rijarijaona José — m'rija pour les amateurs d'art et les galeristes — est l'un des plasticiens malgaches les plus présents sur la scène des expositions depuis deux décennies, à Tana comme à l'étranger. Ses œuvres ne laissent personne indifférent. Et pour cause.

Peau de zébu, sisal, café, fleurs séchées, objets oubliés, feuilles ramassées on ne sait où — m'rija est d'une éclectique totale sur les supports. Là où d'autres artistes s'installent dans la sécurité d'une toile tendue et de pigments en tube, lui dialogue avec la matière brute, celle qui résiste, qui surprend, qui impose sa propre logique à la composition. Ce n'est pas de l'art pauvre au sens de l'Arte Povera — c'est autre chose, quelque chose de plus instinctif, de plus organique. « L'inspiration, je ne la cherche pas vraiment… elle vient et je la suis », confie-t-il. Sur la peau de zébu notamment, il trouve un langage particulier. « Le support me guide », dit-il. Des savika — ces combats de zébus ancestraux — surgissent sur ces surfaces comme naturellement, portés par la texture même du matériau.

Derrière cette liberté formelle, il y a une formation. Né artistiquement à Toamasina, m'rija parle de cette ville comme d'une école du regard avant d'être un lieu. C'est là qu'il croise la figure du peintre Raley, qu'il considère comme son maître. « Même la poussière avait de la valeur », raconte-t-il.

Une discipline radicale, presque artisanale — fabriquer ses propres couleurs, observer, ne rien gaspiller. Une leçon que m'rija a intériorisée au point de préparer lui-même certains de ses pigments, à partir du café, de fleurs, de matières collectées. Professeur d'art-thérapie par ailleurs, il sait mieux que quiconque que le geste créatif est aussi un geste de sens.

Ce sens, c'est d'ailleurs ce qui structure toute son approche. L'art n'est pas décoratif pour m'rija — il transmet, il questionne, il reste. « Je veux que mes œuvres parlent même sans moi », affirme-t-il. Sa première grande vente, une œuvre intitulée « Combat des couleurs » achetée par un visiteur réunionnais à l'Alliance Française de Toamasina, lui a confirmé que ce travail pouvait toucher loin. Sa mère, d'abord sceptique, a changé de regard ce jour-là. Depuis, les expositions se sont succédé — au Centre culturel Andinala, au Tahala Rarihasina d'Analakely, aux côtés de la peintre Yasmine Fidimalala. Et les projets continuent de germer, notamment une grande exposition collective réunissant peintres, musiciens, poètes et danseurs dans un même espace. « Tant qu'il y aura quelque chose à transformer, je continuerai à peindre. »

Lucas Rahajaniaina

Contact : 034 54 426 38
Facebook : Rijarijaona Raoelison
Photos : Andriaparany Ranaivozanany

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golf: Du green à Antalya

Lire

11 octobre 2026

Golf: Du green à Antalya

Ce samedi 10 octobre, le Golf du Rova à Andakana accueillait l’étape malgache de la Turkish Airlines World Golf Cup 2026. Ambiance concentrée, organis...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Interview - Ravo Raboanarison - Août 2026 - NC 199

Découvrez Ravo Raboanarison, violoniste, dans le no comment® NC 200 – septembre 2026
La scène du classique et du jazz connaît Ravo Raboanarison — notamment pour avoir tenu le premier violon au sein du Quatuor & Squad. Mais depuis quelques temps, cet archet-là ne se laisse plus enfermer dans un seul registre. Vingt-trois ans de pratique, et une conviction qui s'est imposée progressivement : le violon peut aller bien au-delà du classique.

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir