Thierry Portafaix : Un laboratoire dans les zones enclavées
9 mars 2025 // Nature // 5772 vues // Nc : 182

Après une première mission en décembre 2024, le laboratoire mobile sera bientôt accessible aux chercheurs à Madagascar. Équipé, le véhicule va jusqu’aux endroits les plus enclavés pour permettre à ceux qui en ont besoin de mener des recherches dans les meilleures conditions. Thierry Portafaix, représentant de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et du Muséum National de l’Histoire Naturelle (MNHN), répond à nos questions.

photo : Laboratoire mobile de l'IRD et du MNHN

Créé pour le microcèbe ?
Le laboratoire mobile est un projet qui a été imaginé par un chercheur du Muséum National d'Histoire Naturelle, Jeremy Terrien. Il travaille en France, dans le seul élevage de microcèbes. Ceux-ci vivent bien en captivité et se reproduisent très bien ; les chercheurs mesurent depuis des dizaines d’années toutes sortes de paramètres physiologiques sur ces petits lémuriens, ils les connaissent très bien. Ils voulaient aller vérifier sur le terrain quelle était la physiologie des microcèbes en liberté. Ils se sont aperçus qu’il était très compliqué d'aller là où ils vivent - dans les réserves -, de rester assez longtemps, de les capturer, de faire des prélèvements et de conserver ces prélèvements pour faire des études génétiques ou physiologiques. Donc, ils se sont dit qu’il faudrait un instrument pour aller sur le terrain, faire toutes ces analyses et bien comprendre comment la physiologie et leur façon de régler leurs paramètres physiologiques s’adaptent à l'environnement qui change. Et c'est cela qu'ils veulent étudier : comment ces animaux s'adaptent-ils aux modifications de l'environnement, en faisant la comparaison entre ceux qui sont en captivité et ceux qui sont ici, dans leur milieu naturel. C'est la raison pour laquelle le laboratoire a été créé. Jeremy Terrien va utiliser le laboratoire mobile en premier, puisque c’est son idée, et il ira à Ankarafantsika - son terrain d’étude - pour étudier ces fameux petits lémuriens.

Un laboratoire mobile équipé ?
Comme c'est un laboratoire qui permet d'aller sur le terrain, il peut servir à ceux qui travaillent sur la faune malgache, mais aussi sur la flore. Si par exemple, les chercheurs vont chercher des espèces de plantes, ils ont besoin de faire des analyses génétiques. Et pour cela, il faut qu'il y ait une bonne chaîne de froid et qu’elle soit constante, sinon ils risquent de perdre les informations génétiques les plus fragiles. Dans le laboratoire mobile, il y a toute une chaîne du froid de haut niveau : moins 18 degrés Celcius, moins 12 degrés Celcius, dans des frigos dont lesquels on peut conserver l'ensemble des prélèvements, le tout maintenu par des batteries alimentées par des panneaux solaires. On peut donc les conserver jusqu'au retour en ville, où on fera des analyses beaucoup plus poussées. On a fait le laboratoire mobile à la demande du chercheur Jeremy Terrien, selon ses plans, pour qu’il réponde à ses besoins, il s’agit d’un modèle unique. Il est complet et permet d'aller dans des endroits très reculés, très difficiles d'accès. Nous avons des collègues de l'Institut Pasteur et de l'Institut de Recherche pour le Développement, qui travaillent sur les moustiques - le paludisme, la dengue, etc-. Ils feront partis des premiers à l'utiliser pour aller sur le terrain et faire des prélèvements qu'ils vont pouvoir garder grâce à l'ensemble des dispositifs qui sont inclus dans ce laboratoire mobile.

Quelle est la suite ?
Le laboratoire mobile sera mis à la disposition de la communauté des chercheurs, autant malgaches qu’étrangers. Il est ouvert à tous ceux qui ont en besoin. On va mettre en place un petit comité scientifique dans lequel seront présents l'IRD, le Muséum National d'Histoire Naturelle et des chercheurs malgaches. Ce comité étudiera les propositions pour louer le véhicule et faire des actions de terrain et l'allocation se fera toujours avec le chauffeur, qui sera le garant de la bonne utilisation de l'ensemble des éléments techniques et des dispositifs scientifiques. Il y a des microscopes électroniques, des centrifugeuses de très haut niveau, et d’autres éléments qui seront possiblement inclus si besoin, cela dépendra des besoins. On pense qu'il y aura beaucoup d'études en santé, sur la biodiversité, peut-être même des études en paléontologie, étant donné qu’il y a beaucoup d'instruments à l'intérieur qui permettront de faire des analyses de terrain directement sur des fossiles. Après, les chercheurs font des publications, et ces résultats et données seront accessibles à l'ensemble de la communauté de chercheurs et même au grand public, pourquoi pas. Sur le long terme, c'est un objectif assez global : acquérir des données et de la connaissance sur la biodiversité à Madagascar avec des moyens qui sont nouveaux et différents. Plus on apprend sur les milieux, plus on est capable de les protéger, et c’est l'objectif ! Ce qu’on veut, c'est protéger ces milieux, pour qu'ils soient moins vulnérables au changement climatique et à la pression anthropique. C'est vraiment l'objet de la science : mieux comprendre pour mieux agir.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Contact : thierry.portafaix@ird.fr
Jeremy.terrien@mnhn.fr

Laisser un commentaire
no comment
no comment - FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Lire

8 mai 2026

FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Le CCI Ivato a ouvert ses portes hier pour la 27e édition de la Foire internationale de Madagascar. Le thème choisi — « Madagascar en mouvement : les...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Ferme de la Jungle - Avril 2026 - NC 195

Découvrez la Ferme de la Jungle, dans le no comment ® NC 195 – avril 2026
Nichée à Ambohimanarina, en plein cœur d’Antananarivo, la Ferme de la Jungle de Rajaonarivony Christian offre une escapade nature surprenante : eau, verdure et animaux rares sur près de 5 hectares. Pêche, pique-nique, visites guidées… le site peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir