Muriel Razafiarison : L’art de l’entre-deux
3 mars 2026 // Arts Plastiques // 5045 vues // Nc : 194

Il y a des artistes qui peignent pour décorer. D’autres qui décorent pour mieux peindre. Muriel Razafiarison, elle, tient les deux bouts du pinceau — et du plan — avec une élégance presque tranquille.

Chez elle, l’art n’est pas une vocation tardive. C’est une mémoire. « J’ai tenu des pinceaux alors que j’étais encore enfant », raconte-t-elle. Une passion héritée de sa grand-mère, transmise comme on transmet une recette secrète ou un sens du détail. Les crayons de couleur, les outils pour colorer, étaient déjà là, dans ses mains d’enfant. La vie, pourtant, l’emmène d’abord ailleurs. Elle travaille dans le domaine du pétrole — univers de rigueur, de chiffres et de protocoles. Puis un jour, elle choisit de revenir à l’essentiel. Deux années de formation en architecture d’intérieur dans un institut à Paris. « Le design d’intérieur a renforcé ma passion pour la peinture. Les tableaux sont des éléments de la décoration en architecture », lance-t-elle. On pourrait croire à une reconversion. C’est plutôt une extension naturelle. Car Muriel est également peintre. Autodidacte, précise-t-elle. « Un ami de mon père, qui avait fait les Beaux-Arts, m’a appris les techniques : estampage, profondeur… », se souvient l’artiste. Le reste, elle l’a exploré seule, au fil des rencontres avec des artistes en Europe notamment. On devine des conversations tardives, des ateliers visités, des regards croisés — cette pédagogie informelle qui vaut parfois toutes les académies.

Son style ? Semi-abstrait. Un territoire subtil, à mi-chemin entre le réalisme et l’abstraction. Des formes reconnaissables, sans l’être tout à fait. « Je donne une forme abstraite à mes rêves et songes… ou je mets des songes à ce qui est concret. C’est entre le réel et le songe », bafouille-t-elle, essayant d’expliquer de manière claire sa vision d’artiste. Le semi-abstrait, pour simplifier, n’est pas un flou artistique : c’est un jeu d’équilibre. Une ligne peut être légèrement inclinée — ou carrément —, une courbe un peu exagérée, un rouge plus sombre que la roue chromatique ne l’autoriserait. Elle sourit : « Je m’évade. » Perfectionniste de nature, chaque chose à sa place, chaque détail millimétré, Muriel trouve dans cette peinture une respiration. Le peintre Jean-Pierre Emery, galeriste à Paris, l’a encouragée à « se laisser aller ». Se laisser aller, oui — mais sans perdre pied. « J’ai la tête sur les épaules », précise-t-elle, avec un grand sourire. L’évasion reste ancrée.

Elle laisse au spectateur la liberté d’interpréter. « Pour un même tableau, deux personnes peuvent voir deux choses totalement différentes. Et chacun a raison », insiste la peintre. Voilà peut-être le fil invisible de son travail : accepter la pluralité des regards. Il lui arrive de terminer un tableau en une nuit, lorsque l’impulsion est là. D’autres fois, des mois s’écoulent. Et parfois — hésitation assumée — elle reprend une œuvre achevée depuis des années. « Je l’ai regardée, j’ai pris mon pinceau et j’ai repeint. En quelques heures, elle avait une autre dimension », confie la dame. Ses couleurs n’ont pas de préférence : du rouge vif au noir, du bleu profond à l’ombre presque silencieuse. « Cela dépend de l’émotion du moment, certainement », se demande-t-elle. Et souvent, après des sorties en famille, des pique-niques, elle rentre et peint. « Ces moments m’ouvrent à de nouvelles perspectives », avoue l’artiste qui aime l’évasion. Peindre, pour Muriel Razafiarison, n’est pas seulement créer. C’est se découvrir — encore et encore.

Solofo Ranaivo

Tsara mandry (douce nuit) 50x40cm
Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir