Loko Gasy : Nord et Sud
15 août 2025 // Musique // 5898 vues // Nc : 187

Ils viennent du Nord et du Sud, et ont uni leurs racines pour créer un son unique qu’ils appellent antsa-beko. Loko Gasy transforme le choc des rythmes en fusion envoûtante. Et leur audace commence à résonner bien au-delà de Madagascar.

Depuis deux ans, leur nom fleurit sur les affiches de concerts et de showcases à Antananarivo et ailleurs. Loko Gasy – littéralement « couleurs malgaches » – est un quatuor audacieux qui se joue des frontières musicales. Composé de Safidy (chant), Mika (batterie), Tantely (basse) et Tafita (guitare), le groupe a inventé une fusion inédite qu’il appelle antsa-beko. Une rencontre explosive entre le antsa, chant sacré du Nord, et le beko, emblème sonore du Grand Sud.

À première vue, ces deux rythmes ne semblent pas faits pour cohabiter. Le antsa, exécuté par des groupes de femmes âgées lors des rituels, est vif et énergique, presque en transe. Le beko, plus lent et solennel, accompagne les cérémonies funéraires du Sud, chanté exclusivement par des hommes. Techniquement, l’un est en ternaire, l’autre en binaire : deux logiques rythmiques qui s’entrechoquent. « C’est un vrai défi d’adapter ces structures pour éviter les décalages », explique Mika, le batteur. Mais Loko Gasy y parvient en jouant sur les arrangements et en saupoudrant le tout d’afrobeat, « pour donner une couleur actuelle qui parle aux jeunes », sourit Tantely. Le choix de ces deux rythmes ne doit rien au hasard. Mika est originaire du Sud-Est, Tantely du Nord. Safidy, betsileo, et Tafita, enfant des Hautes Terres ayant grandi dans le Grand-Sud, incarnent ce pont entre traditions. « C’est notre identité : tout Madagascar en un seul groupe », résume Tantely.

Chacun des quatre musiciens évolue déjà dans d’autres formations – de Masabao à Sammy – mais Loko Gasy est leur laboratoire d’expérimentation. « Lors de notre premier showcase à Tana, le public, en majorité étranger, a adoré. Mais le plus beau, c’est qu’un public 100 % malgache a aussi été conquis », raconte Safidy. Preuve que les musiques roots ne sont pas l’apanage de la world music pour touristes. Et l’aventure ne fait que commencer. Après avoir été présélectionné pour le Prix Découverte RFI 2025, Loko Gasy vient d’être invités au festival Milatsika de Mayotte en octobre prochain. « Porter haut et loin le flambeau malgache, c’est notre ambition », affirment-ils en chœur.

Solofo Ranaivo

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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