Littérature et révolution
16 novembre 2025 // Littérature // 6017 vues // Nc : 190

Alors que le pays se prépare à s’embraser, je n’ai trouvé rien de mieux à faire que de lire. Mais lire quoi? Qu’est ce qui nous concerne encore dans cette littérature africaine alors que notre pays est en feu? La réponse est que la littérature africaine parle et peut-être même qu’elle n’a jamais parler que de ça de loin ou de près. De Sony Labou Tansi à Henri Lopes, c’est un florilège d’écrivain qui parle de cette révolution, de la dictature et de l’Afrique malmenée par les manières politiques.

SONY LABOU TANSI , MACHIN LA HERNIE

Pour ouvrir le grand bal des œuvres politiques: Machin la hernie. Tout est là et au vu du contexte malgache, le roman sonne comme une prophétie. Culte de la personnalité, dirigeants ridicules, folie des grandeur et bassesse d’esprit enrobés d’une monarchie camouflée sous la grandiloquence des noms pétaradants comme DEMOCRATIE ou REPUBLIQUE. C’est Machin la hernie.

Le roman raconte l’histoire de Martillimi Lopez, ancien révolutionnaire, qui s’est emparé du pouvoir à la suite d’un coup d’État. Au départ, il prétend vouloir libérer son peuple, mais très vite, il devient paranoïaque, mégalomane et cruel. Il élimine ses opposants, contrôle les corps, manipule la langue et transforme le pays en théâtre de la terreur. Sous son règne, le pouvoir devient maladie. Un pouvoir symbolisé en excroissance à la fois physique et politique. À la fin de roman, Lopez se fait renverser par… un Colonel .

«- Qui est au fil?
- Le colonel national Carvanso.
- Quelles nouvelles Carvanso?
- Un grand malheur: Vauban a pris le pouvoir.
- Mais quel Vauban?
- Votre colonel de sécurité.
- Vauban a pris le pouvoir…Mais quel pouvoir?
- Votre pouvoir mon colonel.»

Des éléments suffisent pour dire que la littérature nous parle d’aujourd’hui et de demain. Elle nous prépare, nous éclaire, parfois même elle nous avertit. Lire, est dès lors un acte de survie. Un geste de lucidité au cœur du tumulte.

ZA DE RAHARIMANANA

Et puis il y a le Za de Raharimanana. un livre qui dès ses premières pages fait acte de prémonition.

La révolution menée par la Gen Z repose sur la problématique de la hiérarchie de parole dans la société malgache. Qui peut parler ? Qui en a le droit ? Le zandry peut-il parler au nom du peuple ? Raharimanana ouvre son roman justement par ce demande solennelle de parole, le «fialantsiny».

«Eskuza-moi. Za m’eskuze. À vous déranzément n’est pas mon vouloir, défouloir de zens malaizés, mélanzés dans la tête, mélanzés dans la mélasse démoniacale et folique. Eskuza-moi.

Za m’eskuze. Si ma parole à vous de travers danse vertize nauzéabond, tango maloya, zouk collé serré, zetez-la s’al vous plaît, zatez-la ma pérole, évidez-la de ses tripes, cœur, bile et rancœur, zetez-la ma parole mais ne zetez pas ma personne, triste parsonne des tristes trop piqués, triste parsonne des à fric à bingo, bongo, grotesque elfade qui s’égaie dans les congolaises, longue langue foursue sur les mangues mûres de la vie. Eskuza-moi. Za m’eskuze. Za plus bas que terre. Za lèce la terre sous vos pieds plantée. Za moins que rien. Za vous prend la parole ô pécé ô pécé, huitième pécé : orgueil de la gorze qui s’ignore vain tambour, mère des échos qui se fracassent sur la souperbe indifférence de nos maîtres qui savent, savent la suave poussance de la force, poussance contre nous pressés, broyés, savent la vassale lâceté à nous rivée à zamais, savent ils savent. Za m’askuze. Za vous prend la parole : pécé ô pécé, huitième pécé, parole prise et raclée dans vos gorzes, parole prise et ciée sur votre langue, Za vous prend les mots et Za ne sait qu’en faire»

Cette langue brisée, née du kabary, dit toute la douleur et la dignité de cette parole arrachée, tordue, mais vivante. C’est la parole d’un peuple qui revient dans sa bouche.Aujourd’hui, cette parole est celle des jeunes. Demain, peut-être, elle sera celle d’autres.

Mais qu’importe, c’est la parole reprise, la parole rendue. Elle porte déjà, dans sa blessure, la promesse d’un monde plus vrai. La fin de ce passage, ce flottement où la parole est prise mais que la langue hésite, c’est le Madagascar à l’instant où je vous écris. Ce flottement est le lieu de tous les possibles. Ce n’est pas un silence. C’est une promesse.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste.

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golf: Du green à Antalya

Lire

11 octobre 2026

Golf: Du green à Antalya

Ce samedi 10 octobre, le Golf du Rova à Andakana accueillait l’étape malgache de la Turkish Airlines World Golf Cup 2026. Ambiance concentrée, organis...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Interview - Pilo Kely - Octobre 2026 - NC 201

Découvrez Pilo Kely, champion de Madagascar de beatbox, dans le no comment® NC 201 – octobre 2026
Un tout petit piment qui pique fort. C'est le sens de Pilo Kely, le pseudonyme que s'est choisi Randriamihaja Tsirava Wilkinson, 21 ans, champion de Madagascar de beatbox. En juillet 2027, il s'envolera pour Copenhague défendre les couleurs malgaches au Beatbox Battle World Championship.

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir