Lalaina Rakotonirina, de l’ONG Ilontsera : « Mettre de la lumière dans l’info »
23 novembre 2025 // Assos // 1330 vues // Nc : 190

Depuis dix ans, l’ONG Ilontsera observe l’évolution des médias et de la communication à Madagascar. En 2025, elle place la protection des journalistes au cœur de son action, un choix guidé par l’analyse des réalités de terrain. Depuis cette année, l’observatoire a mis en place une cellule d’accompagnement psychologique pour les professionnels du métier. Entretien avec Lalaina Rakotonirina, Responsable de communication.

Votre constat en dix ans ?
En dix ans, nous avons appris à anticiper les dérives liées aux médias et aux nouvelles technologies. Dès 2016, par exemple, nous avions prévu les excès dans l’usage des réseaux sociaux et nous avons lancé des programmes d’éducation aux médias. Cela concernait à la fois les médias traditionnels et les plateformes numériques. Nous avions même signé un accord avec le ministère de l’Éducation nationale, à l’époque où il distribuait des tablettes connectées, afin d’intégrer une approche critique et responsable.

Quel est votre champ d’action prioritaire pour 2025 ?
En 2025, notre priorité devient la protection des journalistes. Ce métier est trop souvent dévalorisé, voire méprisé. Beaucoup ne perçoivent pas le salaire minimum, certains ne sont même pas rémunérés du tout. Cela crée un cercle vicieux : des sources ou acteurs privés paient parfois directement les journalistes pour être cités ou apparaître dans les médias.

C’est une pratique que nous dénonçons, tout en comprenant les difficultés économiques qui la favorisent. Notre action vise donc à valoriser la profession et à rappeler qu’elle est essentielle à la démocratie. En partenariat avec des organismes internationaux, mais également locaux, nous travaillons pour instaurer un environnement médiatique et journalistique plus serein.

Quelle est votre démarche ?
À Ilontsera, nos interventions partent toujours de l’observation. Nous menons un travail de monitoring, organisons des focus groups avec les femmes journalistes, diffusons des questionnaires en ligne, et collectons des données lors de simples discussions informelles avec nos confrères. Cette méthode nous permet de mesurer la pression que subissent les professionnels de l’information et de cibler nos actions en conséquence. La situation des femmes journalistes est particulièrement préoccupante, car elles sont exposées à une double vulnérabilité : celle du métier et celle liée à leur genre.

Quels projets concrets mettez-vous en place face à ces défis ?
La protection des journalistes passe par un soutien juridique et psychologique. Nous mettons gratuitement à leur disposition des avocats pour les accompagner en cas de poursuites. Mais nous avons aussi lancé un dispositif inédit : un accompagnement psychologique assuré par des spécialistes. Car nos observations montrent que les journalistes vivent un niveau de stress très élevé, directement lié aux différentes formes de pressions, que ça soit politiques, économiques, sociales ou économiques. Ce travail de fond s’inscrit dans une stratégie plus large : contribuer à la reconnaissance du journalisme comme métier essentiel au fonctionnement de la société. Valoriser, protéger et former les journalistes, c’est à la fois défendre leur dignité professionnelle et garantir le droit du public à une information libre et de qualité.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

https://ilontsera.mg

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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