Koezy « Ce sont surtout les étrangers qui s’intéressent à notre culture »
1 avril 2022 // Musique // 11984 vues // Nc : 146

Après des années de silence, le groupe Koezy a fait son grand retour sur la scène du no comment® bar à Isoraka en mars dernier. Une formation traditionnelle qui veut transmettre les valeurs fondamentales, quitte à moderniser un peu l’approche pour toucher le plus grand nombre.

Alamino (Apaiser), extrait de l’album Ma Liberté (2005), est un des titres qui les a faits connaître et leur a permis de faire une tournée internationale pendant cinq ans en Chine. À leur retour à Madagascar, le groupe a eu quelques coups durs. « Tout a changé ! Nous avons fait des enregistrements et pensions sortir d’autres albums mais le studio Mars a fermé après le décès du propriétaire. De plus, il faut payer les médias pour que nos chansons soient diffusées. Avec internet, l’album physique ne marche plus donc il faut trouver des alternatives », explique Liva, membre fondateur et seul homme du groupe, accompagné de Natacha, Eléonor et Mina (et parfois de Solo à la basse et Alfred à la guitare acoustique). Originaire du nord-ouest de Madagascar, dans la région Boeny, le groupe Koezy puise son inspiration dans les musiques traditionnelles. Les membres remettent au goût du jour les différentes façons de chanter comme l’antsa, sorte de louange entonnée lors des cérémonies, ou encore le jijy, un art oratoire qui est considéré – à Mada du moins - comme l’ancêtre du rap. Mais ils explorent également les autres rythmes, notamment le baoejy, une danse du nord accompagnée par l’accordéon, ou le kabosy et le goma autrement dit, le salegy.

Leur plus grand défi est de parvenir à transmettre ce patrimoine musical à la future génération. « C’est bien dommage de voir que ce sont surtout les étrangers qui reconnaissent la valeur de notre culture.  Nous avons 18 ethnies avec chacune sa richesse culturelle que nous voulons mettre en valeur. Malheureusement, les malgaches eux-mêmes ne se rendent pas comptent de ce trésor. Nous avons donc décidé d’aller un peu vers le tropical mais en gardant notre authenticité, c’est-à-dire les danses, les battements des mains qui donnent le tempo, et surtout les tenues comme le lambahoany et le masojoany (bois de santal). Tout cela constitue notre identité. » Pour apporter plus de « modernité » à sa musique, la bande à Liva a rajouté des instruments comme la guitare et la batterie.

Les textes expriment des revendications sociales, interpellent sur la vie. « Nous faisons passer des messages d’amour, de paix, de réconciliation. Par exemple, dans le titre Sky Part, nous voulons exprimer l’unité. Le ciel est notre toit à tous, il ne devrait pas y avoir de discrimination, nous sommes tous un sur cette terre. » L’une des spécificités de cette formation est aussi de donner la place aux femmes. « Au départ, notre désir, était de créer un groupe 100 % femmes, que ce soit au chant, à la danse mais aussi à la batterie, à l’accordéon ou à la guitare. En fait, toutes les mpiantsa (chanteurs) sont des femmes. » Le groupe porte bien son nom puisque koezy signifie « bénédiction » ou « respect. ». Respect donc.


Aina Zo Raberanto

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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