Hasina Samoelinanja : La Voix de l'Action!
20 juin 2024 // Influenceur du mois // 5471 vues // Nc : 173

Figure singulière sur Facebook, Hasina Samoelinanja se distingue avec sa page « Angano Mampisaina » (conte qui fait réfléchir), ralliant plus de 200.000 abonnés. Rencontre avec ce fervent défenseur du changement et de l’autonomisation individuelle. 

Quel est le concept derrière « Angano Mampisaina » ?
Le concept est profondément enraciné dans la richesse narrative des contes malgaches, ou « angano ». En tant que Malgaches, nous avons tous été bercés par les contes de notre enfance, mais « Angano Mampisaina » va au-delà de simplement écouter. Traditionnellement, nous étions souvent les auditeurs passifs de ces récits, mais la page invite à une participation plutôt active. C’est une invitation à réagir, à s’engager, à devenir des acteurs du changement. De mon point de vue, ce concept résonne avec la réalité malgache où trop souvent nous nous contentons d’être des observateurs passifs, comme on dit bien en malgache : « mihanahana ohatran’ny gana ». Avec cette page, je souhaite contribuer au développement de Madagascar en encourageant chacun à prendre en main son propre destin. Je crois fermement que le changement nécessaire ne peut venir que de nous-mêmes. La page vise également à être une injection d’ouverture d’esprit, et de développement mental.

Quelques exemples de « Angano Mampisaina » ?
Le cœur de la page réside dans la prise de conscience et l’éveil des consciences. Le but est de susciter une réflexion critique et un changement de mentalité. Prenons un exemple concret pour illustrer ce concept : dans mes voyages à travers différents pays, les canards peuvent voler. Le canard malgache, lui, ne vole pas. Pourquoi ? Parce que les canards malgaches sont élevés par des coqs, qui, eux, ne volent pas, donc le mode de vie du canard malgache en est influencé. Cette anecdote simple révèle une réalité plus profonde : notre manière de penser, notre mentalité, est conditionnée dès notre enfance. Depuis l’enfance, nous sommes souvent élevés dans la peur, ce qui entrave le développement de notre potentiel. Si notre mentalité est opprimée, comment espérer progresser ? Un autre exemple : imaginez un enfant qui grimpe sur n’importe quoi pour explorer et découvrir le monde qui l’entoure. Chez nous, les Malgaches, cette attitude peut être réprimandée. L’enfant est donc grondé, battu et sommé de descendre immédiatement, avec l’interdiction formelle de recommencer. Au fil du temps, cette réprimande constante dissuadera l’enfant de réitérer son action. Examinons cette situation comme une métaphore de nos propres comportements et croyances : les interdits, les traditions, les dogmes religieux et sociaux exercent une influence puissante sur nos vies. Nous sommes conditionnés à penser : « On ne doit pas faire ceci ou cela, car c’est contraire à nos valeurs et à nos traditions ».

Des astuces à nous partager ?
Revenons sur l’exemple de l’enfant. Si nous autorisons l’enfant à grimper et à explorer, même s’il tombe, il se relèverait. Il apprendrait ensuite de ses erreurs et continuerait d’avancer. En revanche, en lui imposant des limites strictes et en lui inculquant la peur, nous limitons son potentiel et l’amenons à se conformer à nos attentes. C’est alors notre passivité, notre propension à nous conformer aux normes établies sans remise en question, qui nourrit la pauvreté chez les Malgaches. J’encourage donc chacun à cultiver sa propre voie, même si elle semble diverger de celle de la société. Il faut également prendre le risque de poursuivre ses aspirations, même si cela signifie aller à contre-courant. Je souligne l’importance de l’éducation et de l’acquisition de connaissances. Ne vous contentez pas de ce qui vous est enseigné en classe, mais cherchez à approfondir vos connaissances par des recherches approfondies. Offrez aussi aux enfants une variété d’activités telles que la danse, le sport et d’autres formes d’expression créative au lieu de les nourrir de peurs et de croyances limitantes. Pour finir, ne laissez pas la peur et la crainte vous asservir. Vous seul avez le pouvoir de définir votre propre chemin, en refusant de suivre aveuglément les normes imposées par la société. Et le plus important : « Sahia miavaka amin’ny tsara ». 

Propos recueillis par Cedric Ramandiamanana
Facebook : Angano Mampisaina
Contact : +261 34 11 505 61

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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