Dominique Ranaivoson : Paroles du Sud
4 novembre 2025 // Littérature // 2966 vues // Nc : 190

En septembre, de grandes figures de la scène culturelle malgache se sont retrouvées à l’Institut français de Madagascar pour évoquer le Sud, à l’occasion de la présentation du livre de Dominique Ranaivoson, « Madagascar : Écrire le Grand Sud ». Paru cette année aux éditions Sépia, l’ouvrage propose une lecture sensible et plurielle de cette région encore trop souvent réduite à des clichés.

Autour de la table, les journalistes Latimer Rangers et Gaëlle Borgia, le plasticien Temandrota, et la poétesse Poety Rebely. Tous ont parlé du Sud à leur manière — avec leurs souvenirs, leurs blessures parfois, leurs attachements surtout. Loin des visions figées, ils ont offert une « exploration du Grand Sud : récits, images et imaginaires », entre confidences et réflexions sur ce territoire à la fois rude et poétique.

L’événement accompagnait la présentation de l’ouvrage de Dominique Ranaivoson, enseignante-chercheuse à l’Université de Lorraine et spécialiste des littératures francophones. « Je trouve important, voire impératif, que ce ne soit pas une seule voix, mais un ensemble de voix. C’est dans ce souci d’un chœur, d’une pluralité, que j’ai voulu faire exister aussi les voix du Sud », confie-t-elle. Le livre et la conférence entendent tous deux déconstruire la vision parfois simpliste transmise par d’anciens voyageurs, chercheurs ou écrivains.

Le recueil réunit poésies et nouvelles d’auteurs du Sud, en français, parmi lesquels David Jaomanoro, Poety Rebely, Lila Ratsifandrihamanana, Louis Szumski et Latimer Rangers. On y croise des cris contre la faim, des révoltes face à l’injustice, mais aussi des fragments de beauté et de résistance. « Je me suis dit qu’il fallait que les gens du Sud parlent d’eux-mêmes, pour les montrer non pas tels que les autres les voient, mais tels qu’eux-mêmes se voient », explique Dominique Ranaivoson.

Avec « Madagascar : Écrire le Grand Sud », l’autrice signe une œuvre qui bouscule l’imaginaire d’un “ailleurs” lointain et désertique. Elle en révèle la chaleur humaine, la dignité et la profondeur. « Mon espoir, c’est que ce livre transforme le regard de tout le monde sur les habitants de ces régions, pour en finir avec l’image de supériorité ou celle, inverse, du misérabilisme. Ils ne sont ni au-dessus ni en dessous, ils sont avec nous, au cœur même de la nation », martèle-t-elle. Dominique Ranaivoson prévoit désormais de poursuivre sa démarche en rencontrant d’autres écrivains du pays, convaincue que la littérature peut, elle aussi, réparer une géographie du regard.

Rova Andriantsileferintsoa

Contact : ranaivoson-hecht@wanadoo.fr

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Cinéma : Hary Joël rallume l’écran avec Anjiro

Lire

2 mars 2026

Cinéma : Hary Joël rallume l’écran avec Anjiro

Couronné Zébu d’or lors de la 20ᵉ édition du Madagascourt Film Festival, The Anjiro de Andriaminosoa Hary Joël Rakotovelo s’est distingué par un unive...

Edito
no comment - Prêt à offrir

Lire le magazine

Prêt à offrir

Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

"Taom-baovao" de l'IFM

"Taom-baovao" de l'IFM, le samedi 24 janvier

no comment - "Taom-baovao" de l'IFM

Voir