Alakaosibe : Sous une lune neuve
27 novembre 2025 // Soatoavina // 1055 vues // Nc : 190

Malgré les smartphones de plus en plus modernes et les connexions Internet toujours plus rapides, le peuple malgache n’oublie pas les fomba qui l’ont amené jusqu’ici. L’Alakaosibe, ces jours de fête pendant lesquels les forces reprennent vie et marchent avec les humains, sera encore marqué cette année, au mois de novembre.

Chez les anciens, il existe des jours qui pèsent plus lourd que d’autres, et Alakaosibe en fait partie. Cette année encore, comme tous les ans, cette fête traditionnelle sera célébrée au courant du mois de novembre. Qualifié de « jour du peuple et des Sampy » (talismans), il occupe une place singulière dans le calendrier lunaire malgache. Selon les explications, l’Alakaosibe est incontournable, car il s’agit ici d’un jour de passage, où les frontières entre le visible et l’invisible s’effritent. Les anciens affirment même qu’en ces deux jours de nouvelle lune, « les forces marchent parmi les hommes ».

Dans la mémoire collective, Alakaosibe traîne une réputation d’infortune. On le dit jour des opposants, des malheurs, des bouleversements. Jadis, les personnes nées durant ces jours étaient craintes, redoutées. Elles étaient considérées comme des êtres rebelles, difficiles à soumettre. Mais derrière cette croyance se cache un autre visage : celui d’hommes et de femmes épris de justice, incapables de supporter l’inégalité ou la corruption. « Ce ne sont pas des opposants par nature, ce sont des gardiens de la droiture », confie un vieil mpanandro.

Les cérémonies d’Alakaosibe se tiennent toujours dans des lieux neutres — là où aucun roi n’a jamais résidé. C’est une précaution spirituelle, car la célébration vise à honorer et à recharger les Sampy, ces talismans collectifs censés protéger la communauté des maladies, des guerres et des malheurs. On y procède au fidiovana (rite de purification), au tolotra hasina (offrande sacrée), au joro (invocation des ancêtres) et au tsisika (aspersion symbolique). Puis vient le zara hasina, le partage de la bénédiction — un instant rare où chacun reçoit un peu de cette paix que le monde moderne a oubliée.

Pendant ces deux jours de nouvelle lune, les Sampy « respirent ». On dit qu’ils reprennent vie, se rechargent pour assurer la protection du peuple et de ses dirigeants contre les épidémies, les guerres et les malheurs. Les chants, les prières et les gestes codifiés visent à rétablir l’équilibre du monde, à éloigner les forces du chaos. Certains en profitent pour vendre ou échanger leurs moara, petites amulettes individuelles censées prolonger cette protection. Les plus anciens, eux, préfèrent simplement observer, humbles, conscients que certaines choses dépassent la raison. « Les forces marchent toujours parmi nous », se disent-ils.

Radamaranja

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir