Sikidy (suite) : Ouvrir ce qui est fermé
21 janvier 2026 // Soatoavina // 936 vues // Nc : 192

Après avoir évoqué les principes généraux du sikidy, il reste à lever un malentendu tenace. Non, le sikidy n’est ni un art obscur ni une pratique ésotérique réservée à quelques initiés auréolés de mystère. Il repose avant tout sur un savoir ancien, structuré, et sur une capacité particulière : celle de lire, d’interpréter et de relier les figures qui se présentent.

Il n’existe pas un sikidy, mais des sikidy. Sikidy an-damaka, sikidy vintà, tokana, sikidy karazana… chaque forme répond à un usage précis : décision familiale, orientation de vie, résolution de conflit, lecture d’un événement à venir ou compréhension d’un déséquilibre déjà présent. Les figures sont les mêmes, leur combinaison aussi. Ce qui change, profondément, c’est la lecture. Car une figure ne parle jamais toute seule. Elle se laisse comprendre à travers celui — ou celle — qui la lit. Deux mpisikidy peuvent poser les mêmes graines, obtenir la même figure, et pourtant en donner des lectures différentes. Non pas parce que l’un se trompe, mais parce que la lecture dépend de la sensibilité, de l’expérience, du vécu, et parfois même de l’état d’esprit du moment. Le sikidy est moins une science exacte qu’un langage relationnel.

Dans la société malgache, le mpisikidy occupe une place à part. Respectée, souvent consultée dans les moments charnières, cette figure n’est pas un devin au sens spectaculaire du terme. Il est un médiateur. Un passeur entre le visible et l’invisible, entre les faits et ce qui les relie. Son rôle n’est pas d’annoncer une fatalité, mais d’éclairer une situation, de proposer une lecture, parfois d’ouvrir un choix.

Dans de nombreux cas, cette pratique se transmet. De génération en génération. Les familles de mpisikidy existent, et leur réputation repose sur le temps long, l’épreuve des situations, la justesse des lectures répétées. Les meilleurs sont souvent ceux qui ont grandi avec ce langage, presque sans l’apprendre. Mais l’héritage n’est pas une condition absolue. Il arrive qu’une personne, sans ascendance directe, développe une sensibilité particulière. Avec de l’apprentissage, de l’écoute et du respect, elle peut devenir un mpisikidy reconnu. Le sikidy n’est pas fermé, mais peut aussi se mériter. Ce qui se joue là n’a rien de spectaculaire. C’est une relation intime avec l’esprit, le métaphysique, le lien. Une pratique discrète, enracinée, qui continue d’exister parce qu’elle répond encore à une question essentielle : comment lire ce qui nous arrive, quand les mots ne suffisent plus.

Radamaranja

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Il y a quelque chose d'assez beau dans l'idée de commencer l'année en mars. Quand le reste du monde a déjà oublié ses résolutions de janvier, nous, nous prenons le temps — celui du calendrier lunaire, celui des ancêtres. Ce n'est pas du retard. C'est une autre façon de mesurer le temps.
Cette année, quelque chose a changé. Ou plutôt : quelque chose est en train de revenir. De plus en plus de Malgaches — jeunes surtout, ce qui n'est pas anodin — se retournent vers leurs racines, cherchent à comprendre ce que signifie réellement l'Alahamadibe, posent des questions que leurs parents n'avaient pas forcément posées. Cette prise de conscience mérite qu'on s'y arrête. On ne peut avancer qu'en sachant d'où l'on vient. C'est vrai pour les individus.
C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

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