Café du Rova : A table avec l’Histoire
10 septembre 2025 // Gastronomie // 12428 vues // Nc : 188

À quoi ressemblaient certains plats malgaches au XIXᵉ siècle ? Pour le découvrir, il suffit de pousser la porte du Café du Rova, niché au cœur même du Rova d’Antananarivo. Ici, la princesse Ratsimamanga Ralandison Fenosoa perpétue l’héritage culinaire transmis par son arrière-grand-mère puis sa grand-mère, et le partage avec quiconque souhaite goûter à un morceau d’Histoire.

Pensé comme le prolongement de la visite du site, le Café est une immersion dans les traditions malgaches qui commence bien avant que les plats n’arrivent sur la table. Chaque ingrédient est choisi avec minutie par la princesse, dans le respect des fady (interdits) et des gestes anciens. Ainsi, le « hanimpitoloha de Manjakamiadana » est toujours cuisiné sans porc, comme l’ensemble du menu. Pour le varanga, pas d’oignons ni de tomates pour relever le goût : la recette s’en passe depuis toujours. Quant au riz, c’est la variété rojomena (riz rose), récoltée depuis un ou plusieurs années (mialin-taona), qui est utilisée. « Les Malgaches ne consommaient pas le riz juste récolté. On accordait une grande importance aux réserves, les sompitra (greniers) », rappelle-t-elle.

Même la cuisson est fidèle aux règles d’antan. D’après ses aïeules, nées vers 1880 et 1902, cuisiner « à la malgache » signifiait ne pas soulever sans cesse le couvercle de la marmite, afin de préserver les arômes. Le secret ? Écouter attentivement la marmite. Ces gestes précis ne sont pas une contrainte, mais un acte d’amour.

« Pour mes ancêtres, la cuisine était avant tout une affaire de famille. Elles disaient qu’un repas cuit n’appartient à personne et que tout le monde doit en avoir sa part. Je ne suis pas cheffe cuisinière : je transmets un héritage, culinaire comme culturel », partage la princesse.

C’est ainsi qu’entre deux services, on peut la voir accueillir ses invités ou évoquer l’exportation du riz sous Ranavalona III, pendant que ses hôtes savourent du gisan’Antaninandro (oie) ou du ravitoto sy fanangany (feuilles de manioc et basse-côte de zébu). Loin de rester dans un bureau, elle assume ce rôle pédagogique auprès de ceux qui veulent bien tendre l’oreille. « Ceux qui viennent ici me confient souvent qu’ils ont l’impression d’être à la maison plutôt que dans un restaurant », rapporte avec une réjouissance non dissimulée la princesse Ratsimamanga Ralandison Fenosoa.

Parmi ses clients, le Café du Rova compte aussi bien des chefs d’État que des étudiants, à qui elle offre parfois des collations gratuites, à condition qu’ils préviennent à l’avance et ne soient pas plus de trente. Sans oublier les touristes, qui ont fait des glaces maison une spécialité incontournable, grâce au bouche-à-oreille. Et après le dessert, la transmission continue… dans les cuisines, auprès de ses collaborateurs et de ses petits-enfants, pour préserver la flamme de cet héritage.

Mpihary Razafindrabezandrina

Instagram : @cafe_du_rova
Facebook : Café du Rova

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir