Christian Ratovoarisoa : Deudeuche attitude
20 juillet 2025 // Loisirs & J’ai essayé // 7961 vues // Nc : 186

Quand l’air frappe au visage au siège de cette décapotable un peu spéciale, quand tout le monde sur la route se tourne et se met à sourire, c’est une sensation que seule la Deudeuche peut procurer. Une 2CV de 602cc réarrangée par Christian Ratovoarisoa, grand passionné des choses anciennes, un capot décoré de dédicaces : la voiture traine dans les villes d’Antananarivo depuis 2017.

D’où vient l’idée de retaper cette 2CV ?
J’ai commencé à la modifier en 2017, moins d’un an après son acquisition. La Deudeuche est inspirée de plusieurs voitures : la Ford, la Land Rover et la Volkswagen 181. Le pare-brise et les portes de la Land Rover sont démontables, mais pour moi, rien ne sert d’inventer — il faut profiter des expériences des autres. La 2CV est mon coup de cœur.

C’est une manière de vivre avec ce qu’on a. C’est souvent bluffant, parce que c’est en montant dans la Deudeuche qu’on comprend la sensation. Le calme et la liberté que l’on ressent à moto m’ont donné envie de la transformer en décapotable. C’est une voiture : elle a quatre roues, le démarreur, la veilleuse, les freins et le code phare fonctionnent. On peut accélérer, il n’y a pas de fumée qui en sort. Le jour où toutes les voitures de Madagascar respecteront ces normes, nous pourrons discuter de son allure.

Un siège tournant à 360 degrés, un klaxon de parole ?
Les autres l’ont fait, pourquoi pas nous ? Pourquoi est-ce que les étrangers peuvent s’asseoir à l’arrière d’un yacht, le dos tourné pour pêcher ? Pourquoi ne serait-ce pas possible ici ? Et s’il faut payer cher pour avoir un klaxon, on peut utiliser la parole avec un mégaphone. Pendant ces quelques années d’existence, nous avons vu naître beaucoup de sourires. Quand je me retrouve derrière un bus, j’appelle directement le chauffeur pour lui demander d’aller un peu plus vite.

Quand je vois des couples se disputer, je fais signe avec mon klaxon, et ils finissent par sourire. C’est cette sensation qu’on n’aurait pas en voyant une voiture conventionnelle. On nous a beaucoup trop habitués à n’utiliser les choses qu’une seule fois, alors qu’elles peuvent servir ailleurs. Là, je vous pose la question : si toute notre vie, nous, les Malgaches, avons été habitués à un seul chemin… n’existerait-il pas d’autres voies, ailleurs ?

Là où il y a Deudeuche, il y a un souvenir ?
Des souvenirs, il y en a tous les jours et partout. Avec mes amis, nous sommes déjà allés jusqu’à Moramanga et Antsirabe, et je me lance le défi de l’emmener un jour à Mahajanga. Que ce soit une route secondaire ou une montagne, la Deudeuche peut aller partout. Presque toutes les pièces sont d’origine, sauf les pneus que nous avons collectionnés. Un jour, en revenant du Musée du Nord, à Talatan’ny Volonondry, un des pneus s’est échappé : nous avons réorganisé les affaires pour rouler avec trois. Ce n’est pas tout le monde qui peut faire ça, mais il faut garder cette idée de faire avec ce qu’on a. À part m’occuper de la Deudeuche, je suis aussi président du Groupement des Motos et Voitures Anciennes de Madagascar. J’espère bientôt relancer un de nos événements : la traversée d’Antananarivo, toujours dans l’objectif de faire vivre cet esprit malgache et de s’adapter avec ce qu’on a. Au Musée du Nord, dont la Deudeuche est la mascotte, nous organisons des trails et des City Tours.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Contact : +261 34 20 520 80
+261 34 22 222 64

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Pierrot Men : Le regard d'une vie

Lire

6 juillet 2026

Pierrot Men : Le regard d'une vie

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut enco...

Edito
no comment - Tout feu, tout jeune

Lire le magazine

Tout feu, tout jeune

Le 12 août, on célèbre la Journée mondiale de la jeunesse. À Madagascar, cette journée a de quoi occuper un stade entier — les moins de 25 ans représentent plus de 60% de la population. Autrement dit, les jeunes ne sont pas l'avenir de Madagascar. Ils sont déjà le présent, et ils ont l'air pressés. Dans l'entrepreneuriat, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, à créer, à risquer — souvent sans filet, souvent sans aide, mais toujours avec cette énergie un peu folle qui fait qu'on se demande s'ils dorment vraiment la nuit. En culture, les nouvelles sont encore meilleures. Aina Rasamoelina vient de décrocher le Prix RFI Instrumental Afrique. Miangaly Elia rafle le Prix Paritana 2026. Madagascar rayonne, et ce sont des mains jeunes qui tiennent la torche. Alors oui, on pourrait s'arrêter là, applaudir et rentrer chez soi satisfait. Mais ce serait passer à côté d'une chose essentielle. La fougue, ça brûle fort — et parfois, ça brûle vite. Une flamme sans direction peut éclairer autant qu'elle peut consumer. C'est là que les aînés entrent en scène — pas pour reprendre le gouvernail, mais pour montrer où sont les récifs. Les jeunes ont la force, les vieux ont l'expérience, comme on dit. Ce n'est pas un combat de générations — c'est une question d'équipage. Partagez vos réussites, mais aussi vos échecs. Surtout vos échecs, d'ailleurs — ils enseignent mieux que n'importe quel manuel. À Madagascar, la barque avance. Il faut juste s'assurer que tout le monde rame dans le même sens.

No comment Tv

Making of shooting mode – Août 2026 – NC 199

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition Août 2026 - NC 199
Prise de vue : Ambatobe 
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Alexane, Nolan, Mitia, Diary, Karen, Randy, Taniah, Tafita
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Sookany Trophy

Sookany Trophy, du 17 au 19 juillet à Antsiranana

no comment - Sookany Trophy

Voir