Bandy Baraka Big Band : Révolution des cuivres
2 août 2026 // Musique // 2681 vues // Nc : 199

À Antananarivo, un big band est né. Bandy Baraka Big Band s'est fait connaître du grand public grâce à son concert ambulant Mizara fifaliana — un spectacle de rue tenu chaque année avant Noël, où les musiciens jouent sur le plateau d'un camion sillonnant les quartiers populeux de la capitale. Une entrée en scène aussi improbable qu'efficace pour un genre musical souvent perçu comme élitiste.

Un big band, pour ceux qui ne l'ont pas encore croisé, c'est une formation jazz structurée autour d'un standard bien défini — cinq saxophones, quatre trombones, quatre trompettes, et une section rythmique composée de piano, batterie, guitare et basse. Rien n'y est improvisé au sens littéral — chaque musicien lit une partition écrite préalablement par un arrangeur, chaque section a son rôle millimétré. « Pas de place pour l'improvisation. On lit ce qui est écrit », souligne Mahefa Rakotoarisoa, président du groupe. Ce qui le distingue d'une fanfare ou d'un orchestre symphonique, c'est l'essence même du répertoire — ici, on fait du jazz. « Il y a du swing », s'exclame-t-il. Bandy Baraka dépasse d'ailleurs le standard de référence, avec sept saxophonistes, deux flûtistes et une clarinettiste. Le premier big band de Madagascar, officiellement constitué en 2022, conduit par Seta Ramaroson, enseignant de musique bien connu.

Le nom dit tout. Bandy, parce que le groupe est avant tout une bande de potes qui jouent ensemble depuis longtemps, dans divers événements. Baraka, qui signifie en malgache honneur et fierté — et cette fierté est profondément malgache. Le groupe a commencé par interpréter des standards signés Sinatra ou Bublé, avant de s'attaquer à un territoire plus personnel — la réécriture en big band de grands morceaux de la musique malgache. Rija Ramanantoanina d'abord, dont l'arrangement a été salué lors du concert « L’œuvre de toute une vie » au mois de mai. Puis « Tsy akeo » de Jaojoby, le roi du salegy — un morceau typiquement gasy, rythmé, ancré dans son terroir. « Nous avons gardé les traits distinctifs salegy. La rythmique — percussion et basse — porte le morceau salegy, les autres sections donnent la touche big band », explique Mahefa. La preuve que tous les rythmes sont traduisibles en big band, sans perdre leur âme.

Le groupe répète régulièrement, même sans concert en vue — parce qu'en big band, l'entraînement n'est pas une option. Les morceaux sont classés sur cinq niveaux de difficulté, du plus accessible au plus exigeant. Bandy Baraka joue habituellement au niveau 4. « Nous pouvons jouer du niveau 5, mais ça nécessite un travail encore plus acharné », reconnaît Mahefa. Une rigueur qui se comprend mieux quand on sait que les partitions big band s'achètent entre 50 et 80 dollars le morceau — et que le groupe en écrit désormais lui-même, des arrangements malgaches qu'il espère un jour vendre sur le marché international. « Quand viendra notre tour de vendre nos partitions, les troupes qui vont interpréter nos morceaux vont savoir et comprendre l'âme de la musique malgache », dit-il. Une ambition qui sonne comme une promesse — et comme un deuxième sens au mot baraka.

Solofo Ranaivo

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