Tsiroanomandidy, ce Far West Malgache
23 mai 2024 // Histoire // 6651 vues // Nc : 172
T10 N°83, Foire à bœufs à Tsiroanomandidy, 1961
Bibliothèque Nationale de Madagascar

Intégré dans le royaume sakalava du Menabe, un des puissants royaumes à Madagascar depuis le XVIIème siècle dominant toute la partie occidentale de l’Île, Tsiroanomandidy était une terre vide d’hommes. C’est à partir de 1822 qu’elle commence à recevoir de migrations internes, jusqu’à nos jours.  La ville de Tsiroanomandidy était terre d’accueil des sujets du roi Radama I (1810-1828) puis aménagé et assaini dans les années 1930 pour devenir un creuset de migrants jusqu’à nos jours. Son visage actuel date des années 1970. Cet article, avec quelques photos à l’appui, retrace l’histoire ainsi que  l’évolution du paysage de la capitale de la région Bongolava, toujours ville de migrants, d’élevage et comptoir. D’autant plus que la ville avait 200 ans en 2022.

Tsiroanomandidy, ville de bovidés
Une des caractéristiques de la ville de Tsiroanomandidy est qu’elle est essentiellement une ville commerçante. Disposant d’un marché communal, le tsena be, des grandes figures commerciales ainsi que des commerçants ambulants animent le commerce quotidien dans la capitale de la région Bongolava. La spécificité du district est aussi le fait  qu’il dispose d’un grand marché de zébu où sont transités  des milliers zébus destinés à être vendus à Antananarivo et des fois à l’exportation chaque semaine.

Tsiroanomandidy est le centre de commerce de bovidés le plus important et réputé durant la colonisation jusqu’à nos jours. Tout au long de la colonisation, cette réputation est due aux présences des éleveurs malgaches, aux colons éleveurs et à la zone de naissage de Kianjasoa. Cette dernière créée en 1928, à Mahasolo au sud-est de la ville, sur un vaste terrain s’étend sur 6000 hectares. Autrement appelé Centre de Recherche en Zootechnique de Kianjasoa, la Ferme est rattachée au Service de Vétérinaire et est axée sur l’élevage des équidés et sur l’amélioration génétique du zébu local et des pâturages. 

Lors du marché à bœufs tous les vendredis, la ville de Tsiroanomandidy  se colore, se bariole et s’agite de la veille.  Dès le lever du jour, des bandes de bœufs se concentrent au marché, à Mahazoarivo à l’ouest de la ville. Les bœufs arrivent par troupeau, de 20, 30 même à 80. Ils viennent des villages environnants, d’autres de loin, d’Ankavandra, de Morafenobe, d’Antsalova, de Maintirano et même de Besalampy. Chaque vendredi, le marché accueille 400 à 700 voire 800 bœufs sur le vaste terrain et presque les 90% en sont vendus. Le prix d’un bœuf s’évalue entre 28, 40 et 42 francs et selon ses poids. Les bœufs issus de la Ferme de Kianjasoa et des colons sont appréciés du fait de leur alimentation suivie ; ils sont achetés à plus de 300 francs à l’époque.  Les bœufs de qualité sont achetés par la conserverie de viande SEVIMA ou Société d’Exploitation de la Viande à Madagascar.  De nos jours,  un bœuf moyen pèse 300 kg, un gros va dans les 500 kg et d’autres atteignent 800 kg et vendus entre 1 500 000 Ariary et 2 000 000 Ariary. Certains sont convoyés pour suppléer l’insuffisance numérique pour les labours dans l’Est et d’autres acheminés à Antananarivo pour la consommation urbaine.

Les foires à bœufs de Tsiroanomandidy
L’administration coloniale institue des foires annuelles dans le chef-lieu du district que participent tous les villages rattachés. Elles illustrent le mécanisme des opérations commerciales et favorisent la rencontre de quantité des gens et par ce les brassages assurent une homogénéisation des coutumes et des modes. Elles permettent à une pédagogie commerciale et à cibler les potentialités économiques du lieu où elles se tiennent. Organisées pendant trois jours, les foires de Tsiroanomandidy ont lieu entre le mois d’avril et août, périodes favorables aux bœufs et saisons de récoltes. Lors de l’évènement, la ville est en liesse et devient un lieu de tout déplacement. Objet de réjouissances, la foire occasionne une frénésie de paraître, les participants s’endimanchent et se drapent de lamba fotsy ou toge blanche comme ce qu’on voit sur la photo en date de 1935. Ils accordent au Gouverneur général Léon Cayla un accueil solennel, venu inaugurer à Tsiroanomandidy le pont métallique de Mandalobe le 15 juin 1935. Lors d’une foire, les bœufs présentés s’élèvent jusqu’à 30 000 têtes. 

FR ANOM 8Fi261/9, Jour de foire, 1935
Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM), France
T10 n°71, Marché aux bœufs à Tsiroanomandidy, 1957 Bibliothèque Nationale de Madagascar

Tsiroanomandidy, ce Far West Malgache  
par Hajanirina Rakotomalala - Etudiant en Histoire

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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