Fluorida Razafimanirisoa : Deplastifier la mer
26 décembre 2025 // Nature // 4289 vues // Nc : 191

Entre science et engagement, la jeune chercheuse malgache Fluorida Razafimanirisoa traque les microplastiques dans les mers de Toliara et porte la voix de la nouvelle génération à Mombasa.

Du 28 septembre au 3 octobre, Mombasa a accueilli le 13ᵉ WIOMSA Scientific Symposium, grand rendez-vous régional de la recherche marine.

Sous le thème « One Ocean, One Future », l’événement a réuni des scientifiques d’Afrique de l’Est et des îles voisines pour discuter pollution plastique, changements climatiques et perte de biodiversité. Parmi eux, trois jeunes Malgaches membres de Youth Community, dont Avenue Fluorida Razafimanirisoa, étudiante en master à l’Institut Halieutique de Toliara, ont représenté la nouvelle génération. Fluorida y a présenté une étude sur l’ingestion de microplastiques par l’oursin comestible Tripneustes gratilla.

À Toliara, la pollution plastique s’infiltre partout : dans le sable, les algues et les organismes marins. L’étude de Fluorida le démontre clairement. Sur 60 oursins analysés, 600 microplastiques ont été détectés, dont 90 % de fils bleus, probablement issus de filets de pêche. « Je voulais montrer que la pollution plastique ne se limite pas à un problème global, mais qu’elle touche directement notre environnement côtier », explique-t-elle. L’espèce étudiée, très consommée localement, révèle une contamination qui interroge la sécurité alimentaire.

À Mombasa, Fluorida a découvert que le problème s’étend à toute la région de l’océan Indien occidental. « Des chercheurs du Kenya, de Tanzanie ou des Seychelles ont présenté des résultats similaires sur les coraux ou les poissons », confie-t-elle. Le symposium, labellisé UN Ocean Decade Activity, a mis en avant la nécessité d’un dialogue entre science, politique et société. « La recherche seule ne suffit pas. Il faut relier nos travaux aux décisions et à la gestion des ressources », souligne la jeune scientifique.

À Toliara, Fluorida s’investit dans des associations comme Youth Community et le Club Vintsy Vatohara, qui organisent des nettoyages de plages et des programmes d’éducation environnementale.

« Ces actions sont essentielles pour éveiller une conscience collective. On ne peut pas protéger la mer sans impliquer les communautés », dit-elle. Au laboratoire, elle travaille aussi sur une piste durable : la production de bioplastiques à base d’algues marines, afin de réduire la dépendance aux plastiques classiques tout en valorisant les ressources locales.

Le coût des alternatives écologiques, les habitudes de consommation et le manque d’infrastructures freinent encore la transition. « Changer les comportements demande du temps et de la conviction », reconnaît Fluorida. Mais sa participation au WIOMSA lui a donné un élan nouveau : « Voir d’autres jeunes femmes africaines s’imposer dans la recherche m’a inspirée. Nous avons un rôle essentiel à jouer dans la protection de l’océan. » De retour à Toliara, elle poursuit son engagement entre science, sensibilisation et innovation, afin de réduire concrètement la pollution plastique sur les côtes malgaches.

Mpihary Razafindrabezandrina

clubvintsyvatohara@gmail.com

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Canal+ Madagascar : 150 collaborateurs sous un même toit

Lire

4 novembre 2026

Canal+ Madagascar : 150 collaborateurs sous un même toit

Après Analakely, puis la zone Galaxy à Andraharo, Canal+ Madagascar pose ses valises à Morarano-Alarobia, et la raison tient en une phrase très concrè...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Interview - Mahasahy Afido - Octobre 2026 - NC 201

Découvrez Mahasahy Afido, spécialiste du bonebreaking, dans le no comment® NC 201 – octobre 2026
Un bras se plie à l'envers. Une épaule semble sortir de son axe. Dans la salle, certains se cachent les yeux. Mahasahy Afido, danseur-chorégraphe et spécialiste du bonebreaking, ne fait jamais dans le consensus. En 2026, il présente Mue, son premier solo — une pièce expérimentale sur ce que les jeunes héritent de leurs aïeux, entre torsions spectaculaires et mémoire intergénérationnelle.

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir