Polyamour… Poli comme l’amour
28 février 2026 // 994 vues 

On nous a appris très tôt qu’aimer devait être simple. Une personne, un cœur et une trajectoire bien droite. Tout le reste serait déviance, confusion, faiblesse morale. Alors quand une femme ose dire – ou simplement ressentir – qu’elle aime deux personnes en même temps, on sort les grands mots : immoralité, instabilité, indécence. Rien que ça. Et surtout, qu’elle se taise.

Je me souviens encore de l’époque où Bessa chantait Mody atao hoe kilalao. On riait, on jugeait, on traitait l’artiste de fou. Pourtant, derrière ce “n’importe quoi”, il y avait une vérité dérangeante : une femme amoureuse de deux hommes, frères de surcroît. Sacrilège culturel.

Aujourd’hui encore, le thème persiste chez plusieurs chanteuses malgaches, mais avec la même conclusion tragique : le silence, la fuite, parfois l’exil intérieur. Aimer devient un poids. Un fardeau. Drôle de sort pour un sentiment censé être noble.

Soyons honnêtes, une fois pour toutes. Le polyamour n’est pas une importation occidentale décadente, ni une lubie de réseaux sociaux. C’est humain. Qui, sincèrement, n’a jamais ressenti un trouble, une tendresse, un attachement pour quelqu’un d’autre alors qu’il était déjà en couple ? Si lever la main était autorisé, la salle serait pleine. Mais non, on préfère mentir. À soi-même surtout.

Et aimer quelqu’un d’autre ne signifie pas tromper. Tromper, c’est promettre l’exclusivité alors qu’on sait pertinemment qu’on ne pourra pas la tenir. Tromper, c’est jouer un rôle, sourire en façade et étouffer à l’intérieur. Ici, je parle de sentiment. Pas de polygamie, pas d’adultère, pas de draps froissés ni de scandales. Juste ce qui se passe dans la tête et dans le cœur. Apparemment, même cela est déjà trop.

Le vrai problème, c’est la concurrence. Cette question absurde, violente : qui aimes-tu le plus ? Comme si l’amour était une compétition sportive. Comme si on pouvait comparer des êtres humains comme des téléphones portables : celui-ci a une meilleure batterie, l’autre un meilleur appareil photo. J’ai connu une femme – appelons-la A. – sommée de choisir. Elle a choisi au hasard. Littéralement. Résultat ? Regret, culpabilité, silence prolongé. Bravo la morale.

Chaque personne est unique. Ce que l’un m’apporte, l’autre ne le pourra jamais, et inversement. Pourquoi faudrait-il réduire l’amour à une seule case, alors que nous-mêmes sommes des êtres contradictoires, multiples, complexes ?

Curieusement, on accepte qu’une mère aime plusieurs enfants, qu’un paysan cultive plusieurs champs, qu’un homme ait plusieurs passions. Mais une femme, plusieurs amours ? Là, non. Trop dangereux.

Ce que je demande n’est ni l’approbation aveugle, ni l’apologie du chaos sentimental. Juste de la compréhension. Aimer deux personnes ne fait pas de moi une dévergondée, ni une fille de joie. Cela fait de moi une humaine. Et à la Saint-Valentin, fête de l’amour s’il en est, ce serait peut-être le moment d’arrêter de l’enfermer dans une seule définition. Après tout, l’amour n’a jamais aimé les cages.

Ano Nyme

Laisser un commentaire
Lire aussi
no comment
no comment - Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Lire

13 juin 2026

Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Liberté. Le mot est lâché, et il résume tout. Vendredi 12 juin, l'hôtel Palissandre à Faravohitra a dévoilé sa nouvelle carte — un exercice annuel que...

Edito
no comment - Exister en malgache

Lire le magazine

Exister en malgache

Juin à Madagascar, c'est un mois qui déborde. La langue, l'enfant, l'indépendance — trois célébrations bousculées dans trente jours, comme si le calendrier avait, lui aussi, quelque chose à dire. Et si ce n'était pas un hasard ? Ces trois commémorations racontent, au fond, la même histoire : celle d'un peuple qui cherche, depuis 1960, à exister pleinement sur ses propres termes. Pas seulement dans les discours officiels et les défilés — dans la vie réelle, quotidienne, celle qui se joue désormais aussi sur un écran.Car le vrai terrain de la souveraineté culturelle s'est déplacé. Il est numérique, algorithmique, et aussi impitoyable. Une langue absente du web est une langue que le monde n'entend pas — et qu'il finit par oublier. Le malgache, parlé par trente millions de personnes, riche d'une histoire linguistique qui traverse les siècles et trois océans, mérite mieux que l'invisibilité numérique. L'initiative Wikiteny — atelier consacré à l'enrichissement des contenus en malgache sur internet — est allée dans ce sens. Ce type d'initiative doit être multiplié, amplifié, soutenu. Sans attendre.C'est là, précisément, que la langue rejoint l'économie. Une identité qui ne se raconte pas, c'est une culture qui ne se monétise pas — un savoir-faire qui reste sans vitrine. Madagascar exporte sa vanille, ses textiles, sa biodiversité unique. Mais que fait-on de l'autre richesse, l'immatérielle, celle qui ne figure dans aucune balance commerciale et qui, pourtant, vaut de l'or ? Soixante-quatre ans après l'indépendance, la vraie souveraineté se joue peut-être là : dans la capacité à dire qui nous sommes, en malgache — et à faire en sorte que le monde l'entende. Haut et fort.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Tahiry David Animator - Juin 2026 - NC 197

Découvrez Tahiry David Animator, un animateur 2D-3D dans le no comment® NC 197 – juin 2026.
Tahiry David Rasolofoson, plus connu sous le pseudo Tahiry David Animator, est un animateur 2D-3D malgache. Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, il fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir