Christian Ratovoarisoa : Deudeuche attitude
20 juillet 2025 // Loisirs & J’ai essayé // 4952 vues // Nc : 186

Quand l’air frappe au visage au siège de cette décapotable un peu spéciale, quand tout le monde sur la route se tourne et se met à sourire, c’est une sensation que seule la Deudeuche peut procurer. Une 2CV de 602cc réarrangée par Christian Ratovoarisoa, grand passionné des choses anciennes, un capot décoré de dédicaces : la voiture traine dans les villes d’Antananarivo depuis 2017.

D’où vient l’idée de retaper cette 2CV ?
J’ai commencé à la modifier en 2017, moins d’un an après son acquisition. La Deudeuche est inspirée de plusieurs voitures : la Ford, la Land Rover et la Volkswagen 181. Le pare-brise et les portes de la Land Rover sont démontables, mais pour moi, rien ne sert d’inventer — il faut profiter des expériences des autres. La 2CV est mon coup de cœur.

C’est une manière de vivre avec ce qu’on a. C’est souvent bluffant, parce que c’est en montant dans la Deudeuche qu’on comprend la sensation. Le calme et la liberté que l’on ressent à moto m’ont donné envie de la transformer en décapotable. C’est une voiture : elle a quatre roues, le démarreur, la veilleuse, les freins et le code phare fonctionnent. On peut accélérer, il n’y a pas de fumée qui en sort. Le jour où toutes les voitures de Madagascar respecteront ces normes, nous pourrons discuter de son allure.

Un siège tournant à 360 degrés, un klaxon de parole ?
Les autres l’ont fait, pourquoi pas nous ? Pourquoi est-ce que les étrangers peuvent s’asseoir à l’arrière d’un yacht, le dos tourné pour pêcher ? Pourquoi ne serait-ce pas possible ici ? Et s’il faut payer cher pour avoir un klaxon, on peut utiliser la parole avec un mégaphone. Pendant ces quelques années d’existence, nous avons vu naître beaucoup de sourires. Quand je me retrouve derrière un bus, j’appelle directement le chauffeur pour lui demander d’aller un peu plus vite.

Quand je vois des couples se disputer, je fais signe avec mon klaxon, et ils finissent par sourire. C’est cette sensation qu’on n’aurait pas en voyant une voiture conventionnelle. On nous a beaucoup trop habitués à n’utiliser les choses qu’une seule fois, alors qu’elles peuvent servir ailleurs. Là, je vous pose la question : si toute notre vie, nous, les Malgaches, avons été habitués à un seul chemin… n’existerait-il pas d’autres voies, ailleurs ?

Là où il y a Deudeuche, il y a un souvenir ?
Des souvenirs, il y en a tous les jours et partout. Avec mes amis, nous sommes déjà allés jusqu’à Moramanga et Antsirabe, et je me lance le défi de l’emmener un jour à Mahajanga. Que ce soit une route secondaire ou une montagne, la Deudeuche peut aller partout. Presque toutes les pièces sont d’origine, sauf les pneus que nous avons collectionnés. Un jour, en revenant du Musée du Nord, à Talatan’ny Volonondry, un des pneus s’est échappé : nous avons réorganisé les affaires pour rouler avec trois. Ce n’est pas tout le monde qui peut faire ça, mais il faut garder cette idée de faire avec ce qu’on a. À part m’occuper de la Deudeuche, je suis aussi président du Groupement des Motos et Voitures Anciennes de Madagascar. J’espère bientôt relancer un de nos événements : la traversée d’Antananarivo, toujours dans l’objectif de faire vivre cet esprit malgache et de s’adapter avec ce qu’on a. Au Musée du Nord, dont la Deudeuche est la mascotte, nous organisons des trails et des City Tours.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Contact : +261 34 20 520 80
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Il fut un temps — pas si lointain — où le cinéma malgache était timide, réduit à quelques projections confidentielles et à des moyens de fortune. Depuis un certain temps – ironie du sort ou simple justice poétique – ce sont nos films qui s’invitent sur les écrans du monde et des festivals sur les cinq continents. Felana Rajaonarivelo, Kuro Mi qui ont été récemment primés dans des festivals internationaux. Avec cette nouvelle génération de cinéaste, Madagascar rafle les prix et, surtout, les regards.
Il fut une époque où parler de « cinéma malgache » provoquait un sourire poli, celui qu’on réserve aux rêves un peu fous. D’autres se moquaient ouvertement de ces productions de niveau abécédaire. Désormais, ces points de vue moqueurs s’effacent pour laisser place à l’admiration. Les images sont plus nettes, les scénarios plus affûtés, les voix plus assurées. On sent cette montée en gamme, cette fierté tranquille d’un art qui prend enfin confiance en lui. Et c’est beau à voir — comme une pellicule qu’on aurait enfin sortie du grenier pour la projeter au grand jour.
Certes, des défis restent à relever, notamment en matière d’infrastructures, de financements, de formation… mais le vent tourne. Et ce vent-là sent la créativité, la sueur, et un peu de ce grain de folie propre à nos conteurs. La Grande-île ne veut plus être simple figurant dans l’histoire du septième art. Madagascar s’installe, doucement mais sûrement, dans le rôle principal. Au fond, ce renouveau n’est pas qu’un phénomène culturel. C’est une déclaration : ici aussi, on sait raconter. Et mieux encore, le faire rêver.

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