Sôvazik : Sôva qui peut !
2 décembre 2022 // Musique // 11723 vues // Nc : 155

Le sôva de Sôvazik a l’accent du sôva sans être tout à fait du sôva. Aux « aponga » (tambours) qui rythment traditionnellement ce vieux chant des bals poussière ils n’hésitent pas à ajouter une guitare, une percussion péruvienne, voire à le teinter de blues et de salegy.  

Bien que dans le circuit depuis 2016, le groupe Sôvazik n’a sorti son premier album, intitulé Ny aty aminay (Chez nous), qu’en novembre dernier. Il en a profité pour le tester auprès de son public à l’Alliance française d’Antsirabe, ville dont ses membres sont originaires. La formation composée de Tiavina au cajon (caisse de résonance), Babely à la guitare basse, Mamanga au chant et maracas et Betanana au chant et aux tambours, s’intéresse depuis toujours au sôva. Cet art oratoire tsimihety qui signifie « soleil » ou « lumière éblouissante », est aussi chanté (et dansé) dans les fêtes de village du nord de l’île, rythmant les grands événements.

« Un rythme traditionnel menacé de disparition comme beaucoup d’espèces endémiques de l’île », soupire Babely. C’est pourquoi ils ont décidé de lui donner une deuxième vie, en lui adjoignant des instruments plus modernes.  « Mamanga et Betanana ont joué du sôva pur pendant une bonne vingtaine d’années. C’est en jouant avec eux que l’idée de rajouter la guitare basse et le cajon est venue. Nous constatons que cela provoque un véritable engouement chez les jeunes. »

Le fait d’intégrer le cajon, d’origine péruvienne, et non une batterie relève de la volonté de ne pas dénaturer l’esprit du sôva, qui se joue traditionnellement avec des aponga be (gros tambours) et aponga kely (petits tambours),  à la façon des musiciens de hira gasy (théâtre paysan traditionnel). « Le cajon, je l’ai fabriqué moi-même. Je le joue sans trop de fioritures, car ce ne serait pas dans l’esprit du sôva », explique Tiavina, la seule femme du groupe. Toujours dans cette approche « moderniste mais respectueuse de l’esprit », la formation n’hésite pas à fusionner le sôva avec le blues ou le salegy… Et dans le public, en général, ça s’agite pas mal.

Pour leur premier album composé de huit titres (Ny any aminay, Saraka, Ravorona, Vanga, Bira, Aomby, Vahiny ou Voahirana), ils ont pourtant privilégié le registre acoustique, avec des arrangements simples et minimalistes. Sur Aomby et Vahiny, par exemple, on n’entend que des percussions comme la conga et le djembé. Les chansons, composées essentiellement par Mamanga, parlent de la vie à la campagne, de nature, de solidarité. « Nous racontons ce que les gens vivent au quotidien, en essayant de faire passer des messages cosntructifs », explique Mamanga. « Le retour a été excellent de la part du public d’Antsirabe, et cela nous motive à entreprendre une grande tournée nationale », confie Babely. D’autant que le groupe a une expérience certaine des grandes scènes, ayant déjà fait le festival Angaredona ou la Fête de la musique.


Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir