Rekoria Jacob : Mémoire de zébu
11 février 2026 // Success Story // 470 vues // Nc : 193

Dans sa simplicité tranquille et son optimisme intact, Rekoria Jacob, villageois d’Ambovombe Androy, est récemment revenu sur les bancs de l’université. À bientôt 90 ans, plus de vingt années passées dans l’enseignement et une vie de patriarche déjà bien remplie, il a soutenu, le 1er novembre 2025, son mémoire de master en anthropologie sociale au Centre universitaire régional d’Androy (CURA), obtenant une mention honorable et, surtout, l’envie d’aller encore plus loin.

Son travail porte sur le vilogne, un objet fondamental dans la société antandroy. Chez les Antandroy, le vilogne désigne la marque de découpage des oreilles de zébus. Chaque sous-clan possède son propre dessin, véritable signature identitaire permettant d’identifier l’appartenance sociale, les lignages et parfois l’histoire des familles. Intitulé « Signification du Vilogne dans la vie sociale Antandroy », le mémoire de Rekoria Jacob éclaire un savoir ancien, profondément ancré dans le quotidien pastoral du Sud. « Il n’y a pas encore eu de recherches sur le vilogne d’Androy pendant la colonisation. Les publications existantes parlent surtout des marques récentes, alors que le vilogne existe depuis 3000 avant J.-C. », explique-t-il. Dans l’Androy, Rekoria Jacob est reconnu comme un fin connaisseur des zébus. « Je sais parler le langage du zébu. C’est de là que me viennent beaucoup d’informations sur l’histoire et sur Madagascar », confie-t-il, non sans sourire. Ses connaissances, acquises dès l’enfance, ont même surpris des missionnaires américains et norvégiens.

Né le 14 décembre 1939 sous le nom de Miha, orphelin très jeune, il apprend à lire et à écrire à 17 ans, entre les zébus et sous le soleil d’Antaritarika. Rebaptisé Rekoria Jacob par les missionnaires en 1944, il suit un parcours scolaire atypique, marqué par la persévérance. Il obtient son CEPE à 23 ans, avec un zéro en dictée française mais d’excellentes notes ailleurs. « Je suis sans doute le seul Malgache à avoir réussi le CEPE avec zéro en dictée », lance-t-il en riant. Enseignant, puis directeur de collège pendant vingt ans à Bekily, bachelier en 1981, Rekoria Jacob a marqué des générations d’élèves. Aujourd’hui encore, il transmet son expérience. Et l’octogénaire ne compte pas s’arrêter là : il prépare désormais un doctorat sur le vilogne d’Androy, avec une ambition claire — démontrer que de nombreuses ethnies malgaches trouvent leurs origines dans le Sud.

Rova Andriantsileferintsoa

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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