Akim Abdoul : Sans effets spéciaux
20 novembre 2025 // Success Story // 990 vues // Nc : 190

Il y a des vies qui valent un film. Celle d’Akim Abdoul, ancien gamin délinquant des rues devenu responsable de restaurant, a tout d’un scénario de rédemption — mais sans effets spéciaux. Son parcours est juste celui d’un homme qui a refusé de rester là où la vie l’avait jeté. De la rage au courage ?

Il nous vient de loin. De très loin. Ce sont les premiers mots que prononce son patron quand on évoque Akim Abdoul, aujourd’hui responsable de magasin du restaurant Bogota à Isoraka. De loin, non pas en kilomètres, mais en cicatrices. De la rue, de la colère, de la honte — et d’un passé qu’il traîne encore parfois dans ses silences. En effet, Mickael Randriamanantena, de son vrai nom, n’est pas né sous une bonne étoile.

Un père alcoolique, une mère contrainte d’exercer un métier dont elle-même n’est pas fière pour nourrir ses deux enfants, des repas qui se font rares et une enfance qui ressemble à une longue fuite. « Mon histoire est loin d’être rose, mais elle m’a forgé », dit-il doucement, la voix à peine audible. Quand sa mère est incarcérée pour une histoire de recel, il passe de maison en maison, trimballé chez des parents lassés. À 13 ans, il quitte l’école. La rue devient sa salle de classe, la débrouille son seul manuel.

Très vite, Mickael verse dans la délinquance. « J’étais membre d’un gang. On faisait du vol à l’arraché. J’étais plutôt bon en la matière », avoue-t-il sans fierté. Chaque matin, il s’habillait bien, chemise repassée, air appliqué. À ceux qui demandaient, il répondait qu’il travaillait dans un restaurant en ville. Le soir, il rentrait tard, les poches pleines et le cœur vide. Jusqu’au jour où l’un de ses amis tombe sous les balles de la police, un autre finit derrière les barreaux. « Je me suis dit que si je continuais, je finirais mort ou en prison », raconte-t-il. Alors, il disparaît.

Change de quartier, change de fréquentations. Change même de nom, quand il se convertit à l’islam : Akim Abdoul. Mais le passé, lui, reste collé à la peau. « J’étais dur, impulsif. Pour moi, le seul moyen de régler un conflit, c’était de frapper », confie-t-il.

Ses débuts chez Bogota n’ont pas été simples. « Il faisait peur à tout le monde », se souvient un collègue. Même son patron admet que le nouveau recruté qu’était Akim avait le regard de quelqu’un qui en avait trop vu. « Mais il y avait quelque chose — je ne savais pas quoi — qui m’a donné envie de lui laisser sa chance », reconnaît l’employeur. Et ce geste a tout changé. Entré comme simple commercial – celui qui prend les commandes et livre les pizzas – Akim gravit peu à peu les échelons. Aujourd’hui, il dirige l’un des restaurants les plus fréquentés de la chaîne. Entre deux services, il suit des formations, apprend la gestion, la restauration, la discipline. « J’ai compris qu’on pouvait construire autrement que par la force », dit-il. Son rêve est d’ouvrir un jour son propre restaurant, ou peut-être une franchise Bogota. Il imagine déjà sa chaîne de valeur. « Produire moi-même ce que je servirai, cultiver la terre avant de nourrir les autres », lance-t-il, en véritable entrepreneur. « Je ne veux plus jamais revivre ce que j’ai vécu, ni que mes enfants passent par là », affirme-t-il. Quant à sa mère, qu’il appelle chaque soir, il promet qu’elle connaîtra enfin la paix. L’ancien gamin des rues a trouvé sa voie, non plus dans la fuite, mais dans la persévérance. Et dans la cuisine, il a trouvé ce qu’il avait toujours cherché : une raison d’exister, et un endroit où, enfin, rester.

Solofo Ranaivo

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir