Loya : Mystique et électronique
5 janvier 2025 // Musique // 11969 vues // Nc : 180

« Blakaz Antandroy », est le nouvel album de Loya en collaboration avec la famille Remanindry, composée du père, Remanindry, mais également de ses enfants, Nindry, Samba, Adeline et Isabelle. Originaire de Tuléar dans le sud de Madagascar, la famille Remanindry est connue pour leurs chants et musiques traditionnelles invoquant les esprits. Quant à Loya, il utilise les machines électroniques pour fusionner leurs deux mondes et offrir ainsi un voyage musical inédit.

Crédit photo : ©Jacob Khrist

L’origine du projet ?
J’ai eu une commande du musée quai Branly à Paris pour créer un concert lors de l’exposition sur Madagascar en utilisant leur fond musical. C’est là que j’ai découvert la musique de Remanindry. Je l’ai ensuite contacté afin de venir à Tuléar et nous avons commencé à collaborer. J’y suis allé en 2019, ensuite en 2022. La rencontre était d’abord des moments de partage, on a beaucoup discuté de la musique et de la culture Antandroy et je lui ai parlé aussi de ma culture. Puis, on a improvisé ensemble pour nous connaitre, avant d'enregistrer.

En 2019, nous avons commencé à expérimenter ce mélange et avions fait un concert à l’Alliance Française de Tuléar. En 2022, nous avons fait la même chose et en 2024, j’ai fini les arrangements de l’album dans mon studio en ayant à l’esprit tous ces moments de discussions avec la famille Remanindry.

Un album entre le mystique et l’électronique ?
Il parle d’histoire véhiculer par les chansons traditionnelles Antandroy (tissus anciens, forêt, kukulamp, montagne, prière pour les esprits). « Blakaz » est un terme en créole réunionnais qui veut dire goudronnage. Le projet Blakaz consiste à créer des routes entre les différentes cultures dans l’océan Indien. L’objectif de cet album est avant tout de faire connaitre la culture Antandroy, à travers la musique, les clips et les interviews que nous avons réalisées. Mon grand-père était un prêtre tamoul et un guérisseur, j’ai baigné dès tout petit dans les cérémonies en hommage aux ancêtres. En discutant, nous avons compris, avec Remanindry, que nous avions des points communs dans nos traditions et nos croyances.

Un voyage musical mais aussi humain ?
Ces échanges me font réfléchir sur la migration des cultures dans l’océan Indien. Nous avons beaucoup de points communs malgré nos spécificités. Que ça soit Maurice, Mayotte, les Comores, toutes ces cultures partagent la connexion au spirituel. Et les rythmes sont souvent identiques et les instruments de même nature. Nous appartenons à une grande famille. Je suis musicien professionnel depuis 2016. J'ai d’abord composé deux albums solos avant de m’intéresser aux musiques traditionnelles de l’océan Indien. J’ai commencé par l’île Maurice en composant l’album « Sagaï » en collaboration avec le chanteur emblématique Menwar, puis au Sri Lanka avec un album en collaboration avec le grand maître de la percussion Balakumar Paramalingam. Ensuite, un album avec L-Had de Mayotte. En 2024, je suis allé aux Comores pour collaborer avec Madi Mwégné avec un album qui sortira cette année.

La suite du projet ?
Les projets c’est de sortir un deuxième volet à cet album nommé « Antandroy expériments » qui sera beaucoup plus électroniques que je proposerai sur scène avec des vidéos de danses Antandroy. Puis en mai 2025 de revenir à Madagascar puis faire venir Remanindry et deux de ses enfants en Europe afin de faire une tournée avec cet album.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Fb : Loya

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir