Une épave rouillée entre dans le garage. Une œuvre en sort. Ce n'est pas de la magie — c'est de la soudure, de l'intuition et beaucoup d'obstination.

Dans un atelier discret d'Ampasapito, Laureo Jimmy Andriatsalama transforme des machines oubliées en objets de caractère. La customisation de motos a ses grandes figures — les choppers nés dans le California des années 60, les cafés racers britanniques, la culture garage qui a traversé l'Atlantique et les décennies — et quelque part dans cette filiation, Laureo taille sa propre route. Tout commence par une image. En 2021, une moto customisée croise sa route. Le choc est visuel, presque électrique. « Wow, cette moto est vraiment stylée », se souvient-il. Le déclic est là. Pourtant, il faudra attendre 2024 pour que la passion devienne engagement total.
Depuis, il s'est imposé une ligne claire : redonner vie aux motos que l'on croyait condamnées. Épaves, modèles fatigués, carcasses anonymes deviennent la matière première de son imagination. « Leur donner une nouvelle vie, c'est ce qui me motive vraiment », dit-il avec conviction. Des KTM, Honda, Yamaha — entre ses mains, ces machines ordinaires deviennent des pièces uniques. Sa signature repose sur l'équilibre.
Chaque projet débute par un démontage complet : le cadre mis à nu, étudié, analysé, les proportions recalculées avant la moindre découpe. « On cherche l'équilibre, pas l'exagération », insiste-t-il. Pas de surcharge, pas d'esbroufe — la ligne doit rester fluide, cohérente, assumée. À mille lieues du baroque parfois tapageur qu'on voit défiler dans certains shows américains.

L'inspiration naît d'un dialogue. Avant toute intervention, Laureo écoute : style de vie, couleurs, sensations recherchées. Il explore ensuite des références visuelles internationales, compare les silhouettes de scrambler, chopper ou bobber, puis propose une vision adaptée. Mais les projets les plus stimulants restent ceux en carte blanche. « Quand on me laisse libre, je peux vraiment exprimer toutes mes idées », argumente-t-il. Dans ces moments, il imagine la moto terminée avant même d'allumer le poste à souder.
En 2025, sa participation au Distinguished Gentleman's Ride à Antananarivo marque un tournant. Ses créations roulent devant une communauté exigeante. « C'est une vitrine importante pour montrer notre travail », souligne l’artiste. Comptez environ deux semaines pour une transformation, toutes pièces disponibles. À partir de 2 000 000 ariary pour une base existante. Mais au-delà du coût, c'est l'idée d'appropriation qui séduit : chaque moto devient le reflet de son propriétaire. Paradoxalement, Laureo ne possède pas encore de moto custom.
Il se déplace en scooter, pendant qu'il façonne les rêves mécaniques des autres. Son ambition : ouvrir une boutique de pièces custom à Antananarivo. Dans une ville où les deux-roues sont omniprésents, une moto peut devenir une déclaration esthétique. Une signature en mouvement.
Lucas Rahajaniaina
Contact facebook : Laureo