Expédition : Namoroka, au coeur des pluies
10 juin 2025 // Escales // 3430 vues // Nc : 185

Alors que la pluie tombe en abondance, l’agence Langaha Be by EWE a conduit une expédition naturaliste au sein du massif karstique du parc national des Tsingy de Namoroka. Une aventure logistique et humaine inédite initiée par l’association Tia Tany, lauréate 2024 de la bourse "exploration et biodiversité" de la Fondation Iris, en partenariat avec la Société des Explorateurs Français.

Une partie de l’équipe en haut des Tsingy du camp d’Ambovonoby
Traversée de la source de Mandevy

Pour la première fois, une expédition naturaliste composée de photographes, de cinéastes, d'agents et pisteurs forestiers s’est aventurée au sein du massif karstique du parc national des Tsingy de Namoroka en pleine saison des pluies, période pendant laquelle cette région est impraticable via les moyens de transport motorisés habituels. Cette mission marque un tournant dans l’histoire de la découverte d'un site exceptionnel encore largement méconnu. Dix ans après la dernière mission réalisée en saison sèche, qui avait donné lieu au film documentaire de 90' "La labyrinthe secret de Namoroka", des caméras sont revenues pour documenter la transformation du massif sous l’effet de la pluie : une redécouverte totale du paysage, méconnaissable sous la végétation en pleine explosion et la dynamique de la faune propre à cette période.

Lepilemur sp. femelle et son petit dans les Tsingy

Face à l’inaccessibilité du site en cette saison, l’équipe logistique encadrée par Malou Guerraz et Marc Gansuana a dû repenser totalement sa logistique. Les 4x4 ont laissé place à 16 charrettes à zébus, construites et aménagées pour l’occasion, en concertation avec les communautés locales et leur savoir-faire traditionnel. Pour atteindre les abords du massif, 135 km ont été parcourus par la mer, suivis de plus de 24 heures à bord de ces fameuses charrettes avant d’apercevoir les Tsingy. Les 200 km de progression autour du massif ont été rendus possibles grâce à la contribution indispensable de 32 zébus, 16 charretiers, 5 pisteurs et guides, et 2 cuisinières, tous issus du village enclavé de Vilanandro, ainsi qu’au soutien de Madagascar National Parks. Aux côtés de cette équipe locale, 6 membres de l’expédition ont assuré l’organisation, la logistique et la captation du voyage. Plus de quatre tonnes de matériel ont été mobilisées pour garantir un mois d’autonomie : équipements de bivouac, dispositifs audiovisuels, matériel scientifique, vivres. Chaque jour, les campements étaient installés selon les possibilités d’accès aux zones d’intérêt, dans des conditions souvent rendues difficiles par la boue, l’humidité et les obstacles naturels. Le rythme lent imposé par ce mode de déplacement a permis une immersion profonde dans le rythme du lieu et une observation fine de sa biodiversité.

Une biodiversité révélée
L’expédition a permis de documenter des zones habituellement inaccessibles à cette période de l'année et de révéler une biodiversité insoupçonnée : des centaines de papillons, une grande richesse de reptiles, amphibiens et arthropodes, des baobabs et des orchidées en pleine floraison, des lémuriens profitant d’une végétation luxuriante, des crocodiles habituellement retirés dans leurs grottes, sortis pour rejoindre les lacs temporaires et s’y nourrir avant que ceux-ci ne disparaissent à nouveau… Un foisonnement de vie.

Un projet éducatif et humain.
Tout en témoignant de l’incroyable biodiversité tant floristique que faunistique du site, l’association Tia Tany porté par Isabelle Coulon et Jean-Michel Corillion a souhaité mener des actions humanitaires et pédagogiques fortes, en visitant des établissements scolaires de brousse. Le premier fut l’école primaire de Vilanandro où des actions de sensibilisation à l’environnement ont été menées, des dons conséquents en matériel et manuels scolaires ont été faits. Les membres de l'expédition ont pu constater que les habitants du village jouent déjà un rôle actif dans la préservation du site de Namoroka, et de nombreux enfants aspirent à devenir guides à leur tour. En fin de mission, un second établissement à été visité, celui du campus de Besely situé à quarante kilomètres de Mahajanga. Naturalistes et cinéastes ont pu échanger avec les enfants et partager leurs découvertes. Cette transmission est au cœur des engagements portés par L’association Tia Tany et l’agence Langaha Be by EWE pour un avenir durable de la région.

Une suite scientifique
L’aventure ouvre également la voie à une nouvelle mission scientifique d’envergure internationale, attendue dès 2026, portée par les mêmes organisateurs. Ce sanctuaire de pierre, d’eau et de vie a encore beaucoup à révéler à celles et ceux qui prennent le temps de l’écouter.

Textes & Photos : Marc Gansuana / Malou Guerraz

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir