Chouppiii : Un souffle d’humanité
7 août 2025 // Photographie // 3350 vues // Nc : 187

Chouppiii, Andoniaina Randrianomanana à l’état civil, fait la couverture de ce numéro de nocomment. L’artiste se définit comme photographe humanitaire. Dans ses clichés, elle cherche à montrer – au-delà des émotions – ce qu’elle appelle le “côté humain”.

Elle a récemment dévoilé, sur ses plateformes sociales, une série de photos intitulée Zaza Very (enfants perdus). Pendant plusieurs jours, la jeune femme a arpenté la capitale, suivant des enfants qui vadrouillent, observant leurs errances, leurs silences, leurs éclats de rire fugaces. « Ce projet est une exploration introspective et parfois un peu mélancolique de la solitude, de l’errance, des rêves muets. Pas de misérabilisme, mais la beauté des âmes en quête, de ces fragilités où la lumière sculpte des émotions suspendues », explique-t-elle. Chaque cliché devient une fenêtre sur des instants où la poésie de la rue côtoie une vérité parfois brute.

Mais Zaza Very n’est pas un cas isolé. Avec Zaza Gasy (enfants malgaches), Chouppiii a déjà exploré l’univers des enfants, magnifiant leur pureté et leur joie de vivre. Entre ombres et éclats, elle raconte la résilience de ces jeunes âmes, souvent dans des décors modestes où perce une lumière intérieure irrésistible. « Je suis constamment à la recherche d’histoires à raconter. Ma tête fourmille d’idées », souffle-t-elle.

Ce que la photographe recherche, c’est l’authenticité. « Plutôt que de documenter froidement, je veux interpréter le monde, inviter ceux qui regardent mes photos à voir au-delà de l’évidence », détaille la jeune artist. D’où ces clichés pleins de contrastes – lumière douce, ombres denses. « Photographier, c’est capturer l’essence de l’instant. Rien de moins », dit-elle, philosophe.

D’où vient l’étincelle ? « L’inspiration, c’est un éclair, une intuition. Une lumière qui frappe, une ombre qui danse, un éclat de rire. Ces moments ne se reproduisent jamais. Il faut les voler au temps », dit-elle. Derrière l’instinct, il y a aussi un travail acharné : savoir composer, attendre la bonne lumière, comprendre le rythme d’un sujet.

Pour Chouppiii, une photo réussie n’est pas forcément parfaite techniquement. « Elle doit provoquer quelque chose, éveiller une émotion, une question. La beauté se cache parfois dans le chaos d’une scène, dans un flou ou un contre-jour imprévu. Ce qui compte, c’est l’âme, l’histoire, cette vibration qui reste quand l’image disparaît de l’écran », déclare-t-elle, comme dans un cours magistral. Entre deux séries sur les enfants, elle rêve déjà d’explorer de nouveaux terrains : contrastes urbains, portraits intimes, atmosphères où la lumière devient personnage principal.

Solofo Ranaivo

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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