Cabinet Phaos : De la théorie à la tension
23 novembre 2025 // In & Out // 2109 vues // Nc : 190

Créé en février 2024, Phaos Consulting est un nouveau venu dans le paysage énergétique malgache. Mais en quelques mois, ce cabinet fondé par deux doctorants de la Polytechnique d’Antsiranana s’est déjà taillé une place dans un domaine dominé depuis longtemps par des géants étrangers. Leur credo : penser l’énergie autrement, avec une approche scientifique, durable et locale.

À Madagascar, le marché de l’énergie est en pleine mutation. Si les importateurs d’équipements et les entreprises de construction tirent leur épingle du jeu, le segment des études et du conseil, lui, reste encore peu exploré. C’est là que Phaos Consulting a décidé de s’installer.

« Les sociétés malgaches sont encore concentrées sur les installations techniques, le hard work. Nous, nous travaillons sur le soft work : la réflexion, la planification, la durabilité », explique Tokiniaina Razanakolona, Administrateur général. Son associé, Onja Mickael Rahelison, doctorant en réseaux électriques, de rajouter « L’énergie, ce n’est pas seulement du courant qui passe dans un câble. C’est aussi des enjeux économiques, sociaux, juridiques et environnementaux. Nous faisons en sorte que chaque projet soit optimal sur tous ces aspects. » Pour eux, un projet énergétique doit être rentable, conforme à la loi et respectueux de la communauté locale.

Les deux jeunes techniciens se sont lancés un domaine encore largement dominé par les sociétés étrangères. « Nous avons tous les deux travaillé sur des projets en Afrique et en Europe, ce qui nous a permis de comprendre comment fonctionnent les grands systèmes et surtout, faire nos preuves auprès des bailleurs et nous faire une certaine réputation auprès d’eux », précise Onja Mickael.

Apparemment, leur ambition n’a rien de théorique. En moins de quatre mois, le cabinet a déjà convaincu une quinzaine de clients, essentiellement des institutions et des organismes internationaux, et commence à étendre ses services vers d’autres pays africains.

Les deux doctorants explique que leur approche repose sur cinq piliers. « Nous réalisons des études de faisabilité, des audits, des inspections et des contrôles, mais aussi des formations professionnelles et de la mise à disposition de personnel qualifié », détaille l’Administrateur général.

Une offre intégrée, pensée pour accompagner les entreprises du diagnostic initial jusqu’à la mise en oeuvre et au suivi de performance. « Nous formons aussi les équipes de nos clients. Nous accompagnons aussi bien les techniciens que les équipes commerciales. Une entreprise qui vend du matériel électrique, par exemple, doit aussi savoir utiliser les bons arguments, les bons mots pour expliquer les bénéfices techniques à ses clients », détaille Tokiniaina.

Mais tout n’est pas qu’affaire de technique. Le cabinet milite aussi pour une meilleure réglementation nationale. Ailleurs, le secteur est régi par l’International Electrotechnical Commission (IEC), ou encore – pour le cas de la France – l’AFNOR, etc. Aujourd’hui, Madagascar ne dispose pas encore d’un cadre normatif solide dans le domaine électrique. « C’est une urgence. Environ 60 % des incendies recensés dans le pays sont liés à des problèmes électriques : produits non conformes, installations mal faites, absence de normes claires », fait savoir Tokiniaina Razanakolona.

Certes, le pays dispose d’un Bureau des Normes de Madagascar (BNM), mais l’entité a besoin de texte législatif bien établi pour être plus efficace sur le sujet. Dans un pays où la transition énergétique se heurte souvent à des défis structurels, l’ambition de Phaos est claire : créer un pont entre la recherche scientifique et les réalités économiques. Un pari audacieux, porté par deux jeunes qui croient dur comme fer que la durabilité n’est pas une utopie, mais une discipline. « La lumière ce n’est pas seulement ce qui éclaire. C’est aussi ce qui guide. Et c’est exactement ce que nous voulons faire pour le secteur énergétique malgache », dit Tokiniaina

Solofo Ranaivo

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir