Il ressemble à un ver, mais c'est bien un lézard. Enfoui sous les dunes de sable blanc du nord-ouest de Madagascar, une espèce totalement inconnue de la science vient de refaire surface. Plus qu'une découverte, Zig zag révèle qu'une partie de la biodiversité malgache reste encore à écrire.

une nouvelle espèce — elle révèle aussi un genre entièrement inédit, une première à Madagascar pour un scincidé découvert sur le terrain depuis le XIXe siècle. Son nom intrigue autant qu'il amuse. Derrière Zig zag se cache une vieille lignée évolutive demeurée invisible pendant près de 36 millions d'années. Son corps allongé, dépourvu de pattes, évoque davantage un ver qu'un lézard — une silhouette façonnée par le temps et par un environnement aussi chaud qu'abrasif. Au fil de l'évolution, ses ancêtres ont progressivement abandonné leurs membres, tandis que leurs yeux régressaient pour s'adapter à une vie essentiellement souterraine. Le résultat est un véritable nageur des sables, capable de se déplacer sous la surface avant de remonter à la tombée de la nuit pour chasser les termites.
Le nom n'est pas le fruit du hasard. Les chercheurs ont baptisé son genre Zig et son espèce zag, en référence aux traces ondulantes qu'il dessine sur le sable lors de ses déplacements nocturnes. Pour comprendre l'origine de cet animal, l'équipe internationale dirigée par Aurélien Miralles, chercheur à l'Institut de Systématique, Évolution et Biodiversité, a combiné analyses génétiques et tomographie tridimensionnelle du squelette. Les résultats ont révélé une anatomie et un patrimoine génétique si singuliers qu'aucun genre connu ne pouvait l'accueillir — il a donc fallu en créer un nouveau. La publication paraît dans la revue scientifique Megataxa, cosignée par une dizaine de chercheurs dont Miguel Vences, figure incontournable de l'herpétologie malgache.
Au-delà de l'anecdote scientifique, Zig zag raconte surtout une autre histoire — celle d'une biodiversité malgache encore largement inexplorée. Chaque année, de nouvelles espèces sont décrites sur la Grande Île, confirmant son statut de laboratoire vivant de l'évolution. Près d'un tiers des quelque 450 espèces de reptiles endémiques de Madagascar ont été identifiées au cours des vingt-cinq dernières années. En 2025 seulement, les chercheurs de l'ISYEB ont décrit 365 nouvelles espèces — soit l'équivalent d'une découverte par jour. L'histoire de Zig zag rappelle finalement que les plus grandes révélations ne se trouvent pas toujours au sommet des montagnes. Parfois, elles se cachent juste sous nos pieds, dans quelques centimètres de sable blanc, attendant que quelqu'un prenne le temps de regarder autrement.
Lucas Rahajaniaina
Photos : Muséum national d’Histoire naturelle