Sélectionnée à la 4ᵉ édition de « l’Itrotra – Map Dance Festival » en Afrique du Sud, la pièce chorégraphique Souffrance de Thierry Randriatsitohaina marque une étape majeure pour la danse contemporaine malgache. Une reconnaissance continentale qui dépasse le parcours d’un artiste : c’est tout un pays qui entre en scène.


Il y a des œuvres qui voyagent. Et d’autres qui traversent. Avec Souffrance, Thierry Randriatsitohaina signe une pièce solo d’une densité rare, retenue cette année à l’Itrotra – Map Dance Festival, rendez-vous chorégraphique panafricain devenu, en quelques éditions, une plateforme stratégique pour la circulation des œuvres contemporaines sur le continent et au-delà. Être sélectionné sur dossier, aux côtés de créations venues de France, du Japon ou du Mozambique, n’a rien d’anecdotique. C’est une validation artistique. Et une fierté, aussi, pour la scène malgache.
Sur le plateau, la lumière est froide. Le corps, tendu. Chaque geste semble suspendu, comme si le temps hésitait à avancer. Souffrance ne raconte pas une histoire au sens narratif du terme : elle la fait ressentir. Créée en 2023, la pièce est née d’un moment charnière, la perte de son père à l’hôpital. « J’ai vécu cette attente, cette impuissance. La danse est devenue le seul espace où je pouvais déposer cette douleur », confie le chorégraphe. La scénographie puise dans l’univers médical : lampes crues, seringues, sparadraps détournés en signes chorégraphiques. Rien de décoratif. Tout est chargé. Le corps devient le lieu du récit, oscillant entre résistance et abandon. Une écriture sobre, presque austère, mais habitée, qui touche à l’universel parce qu’elle part du plus intime.
Ce langage n’est pas né d’hier. Entré dans la danse en 2002 par le hip-hop, Thierry Randriatsitohaina élargit rapidement son vocabulaire, se forme à Antsirabe et Antananarivo, croise des figures comme Hary Randriamoratsiresy ou Gaby Saranouffi. En 2009, la compagnie Master Jah remporte le Grand Prix Itrotra — déjà. Le signe avant-coureur d’un dialogue continental. Aujourd’hui, présenter Souffrance en Afrique du Sud, du 7 février au 8 mars, c’est porter une voix malgache dans un espace où se redessinent les cartographies artistiques africaines. « Porter cette œuvre à l’étranger, c’est aussi porter Madagascar, son regard, sa sensibilité », souligne-t-il. Pas d’effet spectaculaire. Pas de virtuosité gratuite. Juste un espace d’écoute. Une danse qui ne crie pas. Mais qui reste.
Lucas Rahajaniaina
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Photos fournies par Thierry Randriatsitohaina