Thierry Randriatsitohaina : Danser la plaie
24 mars 2026 // Arts de la scène // 58 vues // Nc : 194

Sélectionnée à la 4ᵉ édition de « l’Itrotra – Map Dance Festival » en Afrique du Sud, la pièce chorégraphique Souffrance de Thierry Randriatsitohaina marque une étape majeure pour la danse contemporaine malgache. Une reconnaissance continentale qui dépasse le parcours d’un artiste : c’est tout un pays qui entre en scène.

Il y a des œuvres qui voyagent. Et d’autres qui traversent. Avec Souffrance, Thierry Randriatsitohaina signe une pièce solo d’une densité rare, retenue cette année à l’Itrotra – Map Dance Festival, rendez-vous chorégraphique panafricain devenu, en quelques éditions, une plateforme stratégique pour la circulation des œuvres contemporaines sur le continent et au-delà. Être sélectionné sur dossier, aux côtés de créations venues de France, du Japon ou du Mozambique, n’a rien d’anecdotique. C’est une validation artistique. Et une fierté, aussi, pour la scène malgache.

Sur le plateau, la lumière est froide. Le corps, tendu. Chaque geste semble suspendu, comme si le temps hésitait à avancer. Souffrance ne raconte pas une histoire au sens narratif du terme : elle la fait ressentir. Créée en 2023, la pièce est née d’un moment charnière, la perte de son père à l’hôpital. « J’ai vécu cette attente, cette impuissance. La danse est devenue le seul espace où je pouvais déposer cette douleur », confie le chorégraphe. La scénographie puise dans l’univers médical : lampes crues, seringues, sparadraps détournés en signes chorégraphiques. Rien de décoratif. Tout est chargé. Le corps devient le lieu du récit, oscillant entre résistance et abandon. Une écriture sobre, presque austère, mais habitée, qui touche à l’universel parce qu’elle part du plus intime.

Ce langage n’est pas né d’hier. Entré dans la danse en 2002 par le hip-hop, Thierry Randriatsitohaina élargit rapidement son vocabulaire, se forme à Antsirabe et Antananarivo, croise des figures comme Hary Randriamoratsiresy ou Gaby Saranouffi. En 2009, la compagnie Master Jah remporte le Grand Prix Itrotra — déjà. Le signe avant-coureur d’un dialogue continental. Aujourd’hui, présenter Souffrance en Afrique du Sud, du 7 février au 8 mars, c’est porter une voix malgache dans un espace où se redessinent les cartographies artistiques africaines. « Porter cette œuvre à l’étranger, c’est aussi porter Madagascar, son regard, sa sensibilité », souligne-t-il. Pas d’effet spectaculaire. Pas de virtuosité gratuite. Juste un espace d’écoute. Une danse qui ne crie pas. Mais qui reste.

Lucas Rahajaniaina

Mail thierryvoaybe@yahoo.fr
Facebook : Thierry le roi randriahoarisoa
Téléphone : +261338667802
Photos fournies par Thierry Randriatsitohaina

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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