Pour parler du cancer du col de l’utérus, il faut mettre la délicatesse en avant et la pudeur de côté. Derrière ce cancer se trouve, dans l’immense majorité des cas, une infection persistante par certains papillomavirus humains ou HPV à haut risque. Entre les symptômes qu’on banalise, le dépistage qu’on repousse et les idées reçues sur la sexualité, certaines questions méritent des réponses franches.


Je n’ai aucun symptôme. Donc tout va bien ?
Pas forcément. Les lésions précancéreuses du col ne provoquent généralement aucun symptôme et un cancer débutant peut lui aussi passer inaperçu. Lorsqu’ils apparaissent, les signes peuvent être discrets : saignements inhabituels entre les règles, après un rapport sexuel ou après la ménopause, pertes vaginales inhabituelles ou malodorantes, douleurs pelviennes persistantes. Ces symptômes peuvent avoir de nombreuses autres causes et ne signifient pas automatiquement « cancer ». Mais s’ils persistent ou se répètent, ils méritent une consultation.
Mon dépistage est anormal. J’ai un cancer ?
Non. Un résultat anormal signifie avant tout qu’il faut vérifier davantage. Selon la méthode utilisée, le dépistage peut rechercher des HPV à haut risque ou des modifications anormales des cellules du col. La plupart des personnes ayant un résultat anormal n’ont pas de cancer. Certaines anomalies peuvent être surveillées, d’autres traitées avant qu’elles n’évoluent.
Le cancer du col, c’est une maladie de femmes “libertines” ?
Ce préjugé est à la fois faux et dangereux. Associer le cancer du col à une supposée « liberté sexuelle » alimente la honte et peut pousser certaines femmes à retarder le dépistage ou à taire des symptômes. Avoir plusieurs partenaires augmente les occasions d’être exposée au HPV. Un début précoce de la vie sexuelle est également associé à un risque accru d’exposition. Mais ce n’est pas le nombre de partenaires qui provoque directement un cancer : un seul partenaire peut suffire pour être exposée à un HPV à haut risque. Ce qui compte surtout, c’est la persistance de cette infection pendant plusieurs années. Le risque d’évolution vers des lésions précancéreuses puis un cancer dépend également d’autres facteurs, notamment du type de HPV, du tabagisme ou d’une immunité affaiblie. Ainsi, le nombre de partenaires ne permet pas de prédire qui développera un cancer du col.
Pourquoi vacciner des filles de 9 à 14 ans contre un virus transmis sexuellement ?
Précisément pour les protéger avant une éventuelle exposition au virus. Le vaccin protège contre les types de papillomavirus les plus souvent responsables du cancer du col de l’utérus. Et non, vacciner une adolescente contre le HPV ne l’encourage pas à avoir des rapports sexuels. On prévient une infection future, on ne présume pas de sa vie sexuelle.
Dr. Hary Andrianjafimora
Minute Santé de Zinga Pharma