Gagavia : Le passé en live
8 mars 2026 // Influenceur du mois // 63 vues // Nc : 194

Sur les réseaux sociaux malgaches, où tout se consomme vite et s’oublie plus vite encore, une voix a choisi de faire l’inverse : ralentir, creuser, raconter. Gracia Fandresena, alias Gagavia, poétesse et conteuse devenue créatrice de contenus, transforme chaque vidéo en un discret acte de mémoire. Une respiration dans le vacarme numérique.

Faut oser—ou être un peu coquin—pour parler d'éternité sur TikTok. Gagavia, qui a débarqué début 2025 et est revenue en force en décembre, l'affirme sans détour : En fait, peu de gens savent ce que ça veut dire être Malgache. C'est pas une accusation, juste une question. Dans ses vidéos, pas de buzz bidon ni de trends éphémères. Elle parle d'histoires vraies, de traditions, de culture, de nature, de ce qui compte vraiment. Et toujours avec des mots simples. « Je ne suis pas enseignante, nous apprenons ensemble », insiste-t-elle. Cette simplicité crée un vrai lien avec sa communauté — presque 13 000 sur Facebook, plus de 6 000 sur TikTok — qui grossit à vue d'œil et, surtout, qui l'écoute. Et ça, c'est rare, d'écouter de nos jours.

Bien sûr, il y a du boulot derrière tout ça. Gagavia fait ses recherches, vérifie les infos et compare ses sources. Elle se sert entre autres du Tantara ny Andriana de Callet, un truc essentiel pour comprendre l'histoire de Madagascar. Certaines histoires sont faciles à raconter, mais pour d'autres, faut s'accrocher et être patient. « Si je veux approfondir, je consulte toujours plusieurs sources », affirme-t-elle. Pour cette influenceuse, être rigoureux, c'est pas juste pour faire savant, c'est une question de conscience. Mais réduire Gagavia au passé serait une erreur. Elle parle aussi de nous, de notre identité parfois un peu trouble, surtout quand on quitte le pays. « Quand on sort de Madagascar, on a presque une étiquette Madagascar sur le front. Et si on ne connaît pas son pays, on passe pour un imposteur », insiste-t-elle. Ça surprend et ça fait réfléchir. « Notre façon de penser et de voir le monde, c'est important. Encore faut-il comprendre tout ça », ajoute la créatrice de contenus.

Pendant plus de dix ans, elle a écrit de la poésie en secret. Maintenant, elle utilise les réseaux sociaux comme une extension de sa voix. Sur TikTok, ses lives sont comme des lieux de débat où des historiens, des politologues, des économistes et des défenseurs des traditions se rencontrent. « Mes abonnés m’apprennent énormément », confie-t-elle. Raconter Madagascar, ce n'est pas juste créer du contenu. C'est un acte culturel, presque un devoir. Et selon elle, c'est une façon très moderne (et très malgache) de vivre dans le monde.

Lucas Rahajaniaina

Contacte Facebook : Gracia Fandresena
Tik tok : gagavia

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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