Avec sa résine translucide, ses inclusions végétales et ses objets aux allures presque liquides, Miora Kanto Rakotoarisoa transforme une matière industrielle en terrain d’expression artistique. À travers son atelier 1402 Éditions, la créatrice malgache impose doucement un artisanat hybride, à mi-chemin entre design, chimie et mémoire.


Il y a des matières qui résistent. Le bois craque, le métal fatigue, le verre se brise. La résine, elle, semble vouloir défier le temps avec cette insolence brillante qui rappelle parfois les vitrines futuristes des années Bauhaus. Chez Miora Kanto Rakotoarisoa, cette matière devient presque vivante.En 2020, pendant le confinement, comme beaucoup, elle cherche une échappatoire. Mais là où certains se découvrent boulangers ou philosophes de salon, elle tombe amoureuse d’un liquide transparent capable de capturer la lumière. « Ma première création fut un collier “Madagascar”. C’était une manière de lier cette matière moderne à quelque chose de profondément personnel », raconte-t-elle.
De cette fascination naît 1402 Éditions. Un nom qui sonne comme une maison d’art discrète plutôt qu’un simple atelier de fabrication. Et c’est sans doute voulu. Car ici, les objets racontent davantage qu’ils ne décorent. Bijoux, stylos, vides-poches, journaux intimes… parfois même des fleurs séchées ou des mèches de cheveux emprisonnées dans la résine. Des fragments de vie, littéralement figés dans la matière. « Grâce à sa polyvalence, on peut presque tout créer, à condition d’avoir le bon moule », explique Miora. Le mot “moule”, chez elle, ne sonne jamais industriel. La résine épouse le bois, dialogue avec le métal, absorbe les pigments. Une sorte de caméléon chic. Ou, pour détourner la formule, tout ce qui brille n’est pas superficiel.
Techniquement, pourtant, rien n’est simple. L’humidité reste l’ennemi juré de chaque pièce. Le séchage demande patience et précision — denrées rares à l’époque du “tout, tout de suite”. « Un bijou peut être prêt en deux jours, mais certaines créations nécessitent presque une semaine de travail », précise-t-elle. Le plus étonnant reste peut-être son parcours. À Madagascar, aucune formation spécialisée n’existe encore dans ce domaine. Miora apprend seule, expérimente, échoue pendant des mois avant de maîtriser enfin la matière. « En 2020, j’ai raté énormément d’essais. Mais la résine demande qu’on la comprenne avant de la dompter », sourit-elle.
Tatiana Randriamanakajasoa
Contact 1402 Éditions : 034 31 666 55