Henintsoa Rabarijaona « La musique classique, c’est mon quotidien »
11 avril 2024 // Musique // 10722 vues // Nc : 171

Au pupitre depuis une vingtaine d’années, on le reconnaît par les premières notes qu’il donne, car il n’est pas que musicien, il est aussi un leader. De petits groupes à orchestre, Henintsoa Rabarijaona aka Tsoa, dirige ses formations par la force de la discipline et de la passion. Formateur et concertiste, le violoniste ne se laisse pas limiter par le temps, les conditions, ou l’espace.

Il donne le premier coup d’archet. Henintsoa Rabarijaona est chef de pupitre, aussi appelé « premier violon » de l’Orchestre et Chœur Philarmoniques d’Antananarivo Analamanga (OCPAA). Une qualification qu’il doit à un parcours fait de défis, car, si le musicien a commencé à s’intéresser à la musique sans avoir eu d’instrument, il a appris à jouer en autodidacte. « J’ai commencé à m’y intéresser au sein de l’Église anglicane, où l’éducation introduit la musique classique, à travers les morceaux liturgiques. Puis, j’ai commencé à apprendre (à jouer du violon), vers la fin de l’année 2000. » En 2020, il obtient officiellement son diplôme au Centre National d’Enseignement de Musique et de Danse (CNEMD). Initié au monde des musiciens par Dr Olivier José Razafitsambaina, fondateur de l’OCPAA et de l’Orchestre de l’Orphelinat Saint Paul, le passionné de musique a commencé à faire le tour des concerts en tant que spectateur, à reproduire les chansons célèbres, et à exercer son oreille musicale. « J’ai appris en essayant de reproduire des chansons, mais aussi en allant à des concerts, en reproduisant les gestes techniques des musiciens, et en adoptant leur posture. Je me souviens qu’à ce moment-là, je traînais à Itaosy, en centre-ville, jusqu’à Andohalo, pour voir des concerts. » L’autodidacte et jeune Tsoa est vite repéré par ses aînés, pour devenir, en 2006, chef de pupitre.

Aux grands pouvoirs, de grandes responsabilités. Parce qu’un chef de pupitre est un leader, aucune note ne doit lui échapper. Tsoa connaît chaque instrument et musicien membre de l’orchestre. Bras droit du chef d’orchestre, il donne vie aux pièces pour rendre chaque expérience en salle unique. « Le premier violon gère tout le côté technique : le chef d’orchestre explique l’exécution, et c’est au chef de pupitre, ou premier violon, de proposer la technique qui correspond à cette vision. » Du recrutement à la répétition, il doit connaître chaque membre de l’orchestre, leurs forces et leurs faiblesses, les soucis de temps comme le caractère de chacun. C’est à lui de choisir la place des musiciens sur scène : le chef de pupitre doit surpasser la technique, comprendre, et s’adapter au contexte de son pays natal. « Le contexte au pays est différent de celui des pays étrangers, où les musiciens sont engagés pour travailler sur une pièce. Connaissant la situation des musiciens ici, je décide avec eux du temps que nous allons donner à la répétition. La seule condition est que chacun fasse de son mieux pour réussir le concert. » Le premier violon dirige d’une main de fer ses co-équipiers. Une discipline qu’il se doit de poser pour chaque cours, sans y laisser la délicatesse. Et si parfois, des incidents arrivent, les mains du premier violon ne peuvent pas glisser : « Un des moments qui m’ont marqué durant mon parcours a été un concert, où le chanteur et les musiciens se sont perdus : j’ai dû continuer, tout seul, le morceau jusqu’à la fin. » Dans tout cela, le chef pupitre garde de beaux souvenirs de ses concerts. L’homme, en éternel apprenti, connaît l’émerveillement d’un très grand orchestre lors de ses voyages hors du pays.

Formateur de profession, le passionné survit dans un contexte peu évident. « En général, il n’y a que deux moyens de se professionnaliser dans le milieu de la musique : en étant concertiste ou formateur. Mais à Madagascar, on est obligé d’être les deux. De même, il est crucial de participer à plusieurs concerts afin de valider les acquis. Heureusement, actuellement, l’Etat est en train de mettre en place une structure afin de normaliser les formations artistiques et culturelles. » Tsoa, formateur qui a dû laisser son rêve de créer une école à Madagascar, continue d’y croire : « La musique classique est la base de tous les autres genres. C’est pour cela qu’il est indispensable de l’enseigner avant tout. Certains décident ensuite de faire du jazz, du rock, ou d’autres styles de musique : je ne peux garantir qu’une chose, je n’arrêterai pas la musique classique, jamais. La musique classique, c’est mon quotidien. » Outre les concerts prévus par l’OCPAA, Henintsoa Rabarijaona participe régulièrement à des concerts, notamment au sein de l’Orchestre à Rayonnement Régional de La Réunion, en tant que second violon. Le musicien prévoit de pousser ses élèves et d’assurer la relève par la professionnalisation et le soutien de leur projet. D’ici-là, Henintsoa Rabarijaona garde la main.

Propos recueillis par  Rova Andriantsileferintsoa
Facebook : Henintsoa
Contact : +261 34 33 862 02

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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