Dry Forest : Douze mille baobabs déjà replantés
8 mars 2021 // Nature // 7508 vues // Nc : 134

Madagascar compte sept des huit espèces de baobabs connues  monde, dont six sont endémiques. Menacées d’extinction à cause des activités humaines, les forêts sèches qui les abritent doivent être rapidement préservées. Une mission titanesque pour l’ONG Dry Forest.

Hamill Harrisson, Erwan Rabenevanana et Jérémy Ranjatoelina, les co-fondateurs de l’ONG Dry Forest, ont voulu conjuguer leurs compétences en faveur de la préservation et de la régénération de l’environnement. Emblème des forêts tropicales sèches, le baobab ou renala (littéralement la « mère de la forêt »), était implanté autrefois sur plus de 60 % de l’île. Aujourd’hui, il est circonscrit à la partie sud-ouest, ouest et nord du territoire avec l’Adansonia gandridieri, l’Adansonia digitata ou encore l’Adansonia madagascariensis. Kirindy Mité, à proximité de Belo-sur-Mer, est la plus grande forêt de baobabs au monde.

 « Le baobab est la vedette des forêts sèches. C’est pour cela que nous le mettons sous les feux des projecteurs dans toutes nos activités », souligne Erwan Rabenevanana. « Mais pour préserver et régénérer une forêt sèche, il ne faut pas se focaliser sur une seule essence. Une quinzaine d’essences accompagne les baobabs, souvent utiles aux communautés locales vivant à proximité de la forêt. » Sèches une majeure partie de l’année, soit pendant six à huit mois, ces forêts doivent survivre au manque d’eau, aux attaques de parasites, de termites et autres prédateurs. Les plantes qui y vivent ont donc développé des capacités de résistance et des principes actifs potentiellement intéressants et valorisables pour la santé et le bien-être de l’Homme.

« Le fruit du baobab est un super aliment contenant dix fois plus d’antioxydant que la baie de Goji, six fois plus de vitamine C que l’orange, six fois plus de potassium que la banane, cinq fois plus de fibres que les légumineuses et trois fois plus de calcium que le lait. Si une filière structurée est mise en place, il sera possible d’éradiquer la famine dans le sud de Madagascar. » Mais une des menaces qui pèsent le plus sur les forêts sont dues aux activités humaines. Nous détruisons en quelques décennies ce que la nature a mis des milliers d’années à élaborer. « Aujourd’hui, nous transformons ces forêts exceptionnelles en charbon, en champs de maïs ou d’arachides pour satisfaire la demande croissante d’entreprises locales et de collecteurs-exportateurs. Ces acteurs poussent les petits producteurs à produire à bas prix et à agrandir les parcelles, ce qui conduit à davantage de pressions sur les forêts. » L’ONG se donne donc pour mission d’organiser des filières « traçables, inclusives et durables » en créant des entreprises agricoles respectueuses de l’environnement, sources d’emplois et de revenus dignes.

Les forêts sèches sont également vulnérables face au feu. Même si les baobabs sont résistants, contrairement aux autres essences, ils ne peuvent pas survivre longtemps sans forêts autour. L’absence de jeunes pousses et de jeunes arbres, ne résistant pas au feu, peut conduire à la disparition d’espèces. Avec son programme Save Baobabs, l’ONG a réussi à faire parrainer plus de 6 000 baobabs, ce qui a permis d’implanter trois pépinières au sein des EPP (écoles primaires publiques) de trois villages aux abords de la forêt de Kirindy Mité : Ambararata, Belo-sur-Mer et Marofihitra, ce dernier étant le village le plus proche de la forêt et parmi les plus pauvres de Madagascar. « Nous avons pu réaliser des dizaines de sessions d’éco-classe pour sensibiliser la population aux bases de la biodiversité et du maraîchage. À ce stade, nous avons planté 45 000 arbres dont 12 000 baobabs. Nos activités ont déjà généré quatre emplois durables, apporté des revenus à 200 villageois et sensibilisé près de 3 000 personnes. » D’autres projets sont en cours notamment la création d’une éco-usine pour accueillir et pré-transformer les PFNL (produits forestiers non ligneux) comme le miel de forêt sèche et de mangrove, des huiles végétales vierges et l’accès à l’électricité solaire et à l’eau potable pour les villages.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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