Bruna Hobinarindra : Quand l’art guérit
8 août 2023 // Arts Plastiques // 6197 vues // Nc : 163

La couverture du no comment® de ce mois d’août est une réalisation collective des personnes prises en charge au Centre Hospitalier Saint Benoit Menni à Imerintsiatosika. Une œuvre créée durant les séances d’art-thérapie qui est avant tout un accompagnement dans la prise en charge des personnes ayant des troubles psychiques.

Des centaines d’œuvres colorées - peintures et sculptures - tapissent les murs, les couloirs et les salles du centre Hospitalier Saint Benoit Menni. Ce ne sont pas les œuvres d’artistes de renom, mais bien celles des personnes prises en charge au sein du centre. Ici, la dépression, la bipolarité, la schizophrénie ou encore les différentes addictions y sont « traitées », non seulement avec des médicaments, mais aussi et surtout grâce à l’art-thérapie. « C’est un accompagnement psychothérapeutique à travers des créations artistiques » souligne Bruna Hobinarindra, animateur en art-thérapie et étudiant en psychologie sociale. « C’est un processus thérapeutique qui aide à améliorer la santé mentale des personnes à travers une meilleure gestion des émotions notamment. » En effet, à Madagascar, la santé mentale reste encore un tabou pour les familles et la société en général. « Depuis l’existence du centre, nous organisons des portes ouvertes, des sensibilisations par exemple à l’IKM (Ivotoeran’ny Kolotsaina Malagasy) à Antsahavola ou encore à l'hôtel Le Louvre à Antaninarenina. Nous sommes également présents sur les réseaux sociaux. »  Ce projet d’art-thérapie a été mis en place en 2017. « L’objectif était de proposer une prise en charge innovante en santé mentale considérant la personne dans toute sa globalité à travers des projets peu communs. A Madagascar, le soin psychiatrique se résume à la médication ou à des mesures souvent inadaptées et stigmatisantes. Il fallait trouver une autre alternative d’où l’art-thérapie. »

Durant la semaine, les bénéficiaires suivent un programme défini. Du sport le lundi, les arts plastiques le mardi, la grande visite médicale le mercredi matin et la prévention à la drogue ou les groupes de parole l’après-midi. La danse le jeudi, du yoga le vendredi matin et du cirque l’après-midi. « Le séjour moyen est de 15 jours. Certains restent une semaine ou plusieurs mois en fonction de l’évolution de leur état de santé.  L’accompagnement se fait en groupe, car nous vivons en société. On ne peut pas isoler les personnes. Mais bien sûr, il y a des entretiens individuels. Comme c’est un processus, les thèmes sont choisis selon les étapes à suivre : l’art de comprendre, l’art de vivre, l’art d’habiter son corps… » L’art-thérapie apporte donc des bienfaits pour le corps et l’esprit en permettant de conceptualiser des images, de s’exprimer au-delà des mots, de libérer des émotions… « Quand on crée quelque chose, il y a un circuit neuronal qui se crée également. Cela permet d’évacuer ce qu’on a dans la tête, ce qui est flou, comprendre nos émotions, ce qu’on vit. Etre sensible et surtout voir ce qui est vrai : la vraie amitié, les vraies relations, la vraie communication. Il y a de la fatigue, mais qui va générer du bien-être. » Les bénéficiaires peuvent donc ressentir des émotions diverses et déstabilisantes. «Et c’est là que nous, professionnels, nous intervenons pour les rassurer. Ils doivent être encadrés pour se sentir en sécurité. Mais ils font leur cheminement personnel qu’ils peuvent transposer dans la vie quotidienne, car l’objectif, c’est qu’ils soient autonomes. » Par exemple, l’œuvre de la couverture du magazine est symbolique du proverbe « prendre le taureau par les cornes » Prendre sa vie sa vie en main au lieu de la subir.

Une toile qui nous représente, face aux différentes pensées qui nous empêchent de faire les choses, d’où l’obligation de se mettre en action, d’essayer de comprendre ce qui se passe en nous avec de la patience.
La construction d’une vraie relation sincère et honnête, à commencer par nous avec nous-mêmes.
Une sculpture qui représente l’être avec toutes ces qualités. L’Homme autonome.
Un tableau qui représente le masculin et le féminin formant la totalité de l’être. Une peinture de Joëlle Malet et une peinture individuelle.
Un tableau qui représente l’embouteillage de la ville, mais en même temps les 2CV, des voitures rares et authentiques et qui mérite d’être considérés. Cela représente aussi le fait d’être présent au moment.
Un travail sur la COVID 19 et son impact sur chaque personne.

« J’ai 24 ans et je suis en train de finaliser mon mémoire de fin d’études sur l’ingénierie en énergies renouvelables.  J’ai été hospitalisée ici pendant 12 jours pour trouble de l'humeur et dépression. En fait, je suis bipolaire » explique une des personnes suivies au centre. « Il y a des jours, où la vie est belle et il y a des jours, où je suis complètement perdue. Depuis trois mois, j’ai vécu une grosse dépression malgré que je sois déjà sous traitement . J’ai décidé de venir ici pour voir un psychiatre qui m’a gentiment proposé de rester quelques jours et de revoir la posologie de mon traitement. En commençant l’art-thérapie, je me suis investie et je me suis rendue  compte que c’est quelque chose qui manquait à ma vie. Avec la routine, on n’a pas le temps d’expérimenter de nouvelles choses. J’ai apprécié particulièrement la peinture et le yoga, que je peux continuer à faire en dehors du centre. L’art-thérapie et la verbalisation à travers les groupes de parole m’ont permis d’avoir plus confiance en moi, à m’affirmer, à prendre soin de mon corps et à m’ouvrir vers d’autres horizons. »

Pour déstigmatiser les troubles psychiatriques, faire honneur aux personnes suivies au centre et promouvoir la santé mentale à travers l’art-thérapie, un appel à partenaires a été lancé pour un projet d'exposition de certaines œuvres à Paris lors des Jeux Olympiques de juillet 2024.

Propos recueillis par  Aina Zo Raberanto

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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