Sortilège mortel - (Suite et fin)
28 mars 2026 // Mistery // 2178 vues // Nc : 194

D’après les paroles du guérisseur, ma tante faisait partie des sorcières les plus puissantes. Pourtant, paradoxalement, elle était aussi l’une des figures les plus respectées et les plus influentes de l’Église. Elle trompait tout le monde par son hypocrisie savamment maîtrisée et par son apparence extérieure irréprochable. Elle avait également pour habitude de distribuer des gâteaux et des bonbons aux enfants. certains de ces enfants moururent par la suite, mais les gens pensèrent qu’ils étaient simplement tombés malades, alors qu’en réalité, c’était elle qui les avait ensorcelés. Selon le guérisseur, plus le nombre de ses victimes était élevé, plus sa durée de vie s’allongeait.

Beaucoup avaient déjà été touchés par ses pratiques. Il y eut même, d’après le guérisseur, une femme avec qui elle avait eu un conflit et qui, soudainement, se mit à perdre du sang chaque jour, sans jamais que cela s’arrête, jusqu’à sa mort. Certains connaissaient déjà la véritable nature de ma tante et se montraient prudents, la craignant ouvertement, mais nombreux étaient encore ceux qui se laissaient duper par son apparence et son comportement extérieur.
Le guérisseur me donna alors pour mission de transgresser un interdit à un endroit précis, et je devais impérativement partir avant le lever du soleil. Il m’expliqua que si ma tante arrivait avant moi, je serais non seulement humiliée, mais que j’en mourrais. Ils dirent vouloir m’aider, mais c’était surtout moi qu’ils poussèrent à agir.
Lorsque je rentrai à la maison, je priai longuement et je me préparai intérieurement, essayant de rester calme malgré l’agitation constante de mon esprit. Pendant ce temps, Sedy avait commencé à reprendre conscience, mais il affirma n’avoir aucun souvenir de ce qui s’était passé. Cependant, plus il retrouvait ses esprits, plus son état de santé se dégradait, et il en était de même pour Marina.

Je perçus aussi que ma tante avait pressenti quelque chose lors de mon retour à la maison. J’eus l’impression qu’elle s’était dit : « cette esclave commence a etre consciente », et qu’elle avait peut-être déjà commencé à élaborer un nouveau plan contre moi. Mais je n’y prêtai pas attention.
Le lendemain, très tôt le matin, avant même le lever du soleil, je partis. Je n’avertis personne et je m’éclipsai discrètement, suivant scrupuleusement les instructions données. Je n’avais qu’un seul objectif en tête : vaincre.
Il faisait encore nuit noire lorsque je sortis de la maison. J’avais avec moi une petite lampe, ainsi que l’objet que le guérisseur m’avait confié (il m’avait bien précisé qu’il ne pouvait pas être mentionné). Après avoir parcouru une courte distance, je me mis à courir légèrement. Le chemin était plongé dans une obscurité totale. Mais lorsque j’approchai du grand cimetière, la peur commença à m’envahir et je ralentis le pas.
À peine avais-je pénétré dans l’enceinte du cimetière que le cauchemar se matérialisa : ma tante m’attendait là. Elle se tenait devant moi, ricanant d’un rire terrifiant. Elle portait des vêtements simples, elle n’était pas nue, mais la peur fut si violente que je ne cherchai même pas à comprendre ce qu’elle faisait là. Je pris aussitôt la fuite. Elle se lança à ma poursuite.
— Tu mourras si je t’attrape ! cria-t-elle. Il ne me faut même pas une seconde pour tuer quelqu’un qui ose transgresser les interdits et détruire ce qui m’appartient !

16 —
Je l’entendais hurler derrière moi, comme si elle se rapprochait à une vitesse effrayante, tandis que mes jambes semblaient soudain lourdes, presque paralysées. Je me mis à crier à l’aide.
— On ne tue pas une bête sans qu’elle ne se défende ! cria-t-elle encore. Si tu ne la tue pas, c’est elle qui va te tuer! Tubes a moi aujourd’hui ! Voilà longtemps que je convoite tes yeux-là ! Ce sont eux qui donnent la richesse ! Arrête-toi !
C’est à cet instant que je compris : c’était elle qui avait arraché les yeux de ma petite sœur Valisoa. Mon cœur se serra violemment, mes jambes se figèrent, et je me retournai pour lui faire face.
— Aujourd’hui, tu es à moi, dit-elle en avançant lentement, ondulant d’une manière monstrueuse, grinçant des dents. Mais sans une pointe de doute comme si elle sentais une pointe de gene.
Soudain, elle poussa un cri aigu et s’effondra brutalement au sol, se recroquevillant. J’étais pétrifiée de stupeur lorsqu’aussitôt, des hommes surgirent de l’ombre. L’un d’eux lui projeta de l’acide au visage, un autre de l’eau bouillante. Plusieurs personnes se mirent à la frapper, à crier, à l’attaquer sans retenue.
Le vieil homme avait compris que ma tante préparait un nouveau complot. La famille de Sedy, accompagnée des habitants du village et des anciens, s’étaient concertés et l’avaient prise au piège. Ils nous attendaient depuis longtemps.
Ma tante fut alors encerclée par la foule. De loin, on ne distinguait plus qu’une silhouette méconnaissable, broyée par la justice populaire. Son visage n’avait plus rien d’humain tant il était déformé, si horrible qu’on dut le recouvrir d’un tissu. Elle délirait encore, appelait à l’aide, mais personne n’osait la toucher. Une odeur pestilentielle émanait de son corps.
Ce qui fut le plus terrifiant, c’est la manière dont elle mourut. Elle expirait… puis, après un court instant, elle revenait à la vie. Elle mourait à nouveau, restait inerte un moment, puis reprenait souffle. Et cela se répéta encore et encore.

À ce moment-là, nous vîmes aussi mon oncle et Marina présents parmi la foule. Il était évident que mon oncle avait retrouvé la raison, comme un homme brutalement réveillé d’un long sommeil. On comprit alors qu’il avait été à la fois dominé et ensorcelé par ma tante. Contraint par mon oncle, ma tante raconta la vérité.
Elle avoua que, lorsque ma tante avait seize ans, elle était tombée enceinte d’un autre homme qui l’avait abandonnée. À cette époque, mon oncle, jeune homme sur le point d’entrer dans l’armée, l’avait rencontrée. Un jour où elle lui demanda de l’eau, elle l’envoûta.
Pourtant, mon oncle était déjà marié et père de famille ailleurs. C’était un homme fidèle et respectueux, mais il abandonna brusquement sa femme et ses enfants pour épouser ma tante. L’enfant que portait ma tante mourut avant de naître, mais elle, en revanche, avait réussi à s’approprier mon oncle, qui avait alors totalement renié sa première famille.

17 —
La foule entra dans une colère incontrôlable.
— Il faut enterrer vivante cette sorcière, cette destructrice de vies ! criaient les gens.
Mais ses enfants s’y opposèrent.
— Même si elle est une sorcière, c’est notre mère ! Vous n’avez pas le droit ! hurla Marina.
La foule, cependant, était hors d’elle. Plus personne ne l’écoutait. Tous disaient que si elle n’était pas éliminée, quelqu’un prendrait forcément le relais.
Les anciens arrivèrent alors, accompagnés de deux gendarmes. Ils firent appeler mon oncle et le guérisseur. Après une longue délibération, le guérisseur accomplit un rituel. Peu de temps après, ma tante poussa un dernier râle violent… puis ne respira plus jamais. Elle fut enterrée à la hâte, car la pluie commençait à tomber.
Après tout cela, Marina et mon oncle vinrent me demander pardon. Ils annoncèrent que la maison serait brûlée, car elle était, selon le guérisseur, remplie de charmes maléfiques. Mais comme la maison était grande et solide, il fut finalement décidé de la purifier entièrement et d’en retirer tous les objets de sorcellerie. Le guérisseur s’en chargea.
Mon oncle me donna sa bénédiction avant mon départ. Je remarquai cependant que Marina n’était pas contente. Comme si elle n’avait pas réussi à se détacher totalement de l’héritage maléfique laissé par sa mère… Je ne saurais le dire.
Peu de temps après, la famille décida de m’envoyer à Antananarivo pour poursuivre mes études. Le loyer de la maison de ma mère me fut attribué. Sedy vit désormais avec moi à Antananarivo et continue de me soutenir dans mes études et dans la vie. Quant à mon père, c’est encore une autre histoire.
… Ainsi s’acheva son récit.
— Après tout ce que tu as vécu, lui demandai-je, comment faut-il se protéger contre la sorcellerie et l’envoûtement ?
— J’ai toujours dit, répondit Meva, que ce qui est fait avec la foi et accompagné d’actions finit toujours par triompher. Il faut se battre. Il faut toujours placer le courage et la foi au-dessus de tout, et la victoire viendra. Et surtout, ne fais jamais confiance trop facilement, à qui que ce soit : même à quelqu’un qui demande de l’eau ou qui offre quelque chose. Le mal trouve toujours un chemin pour s’infiltrer et se tient parfois tout près de toi. Ce sont souvent les choses inattendues qui font tomber. Mieux vaut donc rester vigilant. Et si quelque chose ne va pas dans ta vie, introspecte-toi aussi toi-même : parfois, ce n’est pas toujours la sorcellerie, mais ton comportement qui te porte préjudice. Enfin, si tu es croyant, prie. Et si tu ne l’es pas, cherche de l’aide.
Voilà toute l’histoire. Nous étions camarades de classe toutes les deux, et j’ai obtenu son accord avant de partager ce secret. Elle n’est pas encore totalement rétablie aujourd’hui. Il lui arrive d’avoir peur, de sursauter, tant ce qu’elle a vécu fut violent et a laissé des séquelles. Elle n’est pas folle, mais on sent qu’il y a quelque chose de fragile en elle. Pourtant, si l’on ne parle pas avec elle, on ne le devinerait jamais.
Ce jour-là, mon cœur fut rempli d’une étrange joie en voyant Sedy venir la récupérer à la sortie des cours. Il ne l’avait jamais abandonnée. Il l’aimait profondément.
On touche à la fin. Merci à vous tous d’avoir eu la patience d’aller jusqu’au bout.

Fin.

#BRI

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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