Sorabe : L’histoire derrière le mythe
10 mai 2026 // Histoire // 2161 vues // Nc : 196

D'où vient réellement la langue malgache ? Et le Sorabe, première écriture de la Grande-Île ou simple miroir d'influences venues d'ailleurs ? Entre migrations millénaires et échanges arabico-indonésiens, le doctorant en histoire Randriamahefa Alex Claudio lève le voile sur un héritage plus complexe — et plus fascinant — qu'on ne le croit.

« Le malgache n'est pas une langue autochtone au sens strict », lache Alex Claudio Randriamahefa, doctorant en histoire. En effet, la langue malgache est un carrefour linguistique où se mêlent des racines austronésiennes venues d'Indonésie et de Polynésie, des influences africaines de la côte est, et des apports arabisés intégrés progressivement à partir du XIIe siècle. Les premiers à le remarquer furent les explorateurs portugais, puis les Hollandais, familiers de l'archipel indonésien, qui notèrent des similitudes frappantes dans le vocabulaire jusqu'au sud-ouest de Madagascar, à Saint-Augustin et Masokoro. Dans le nord-ouest, les langues bantoues et le swahili laissent leur empreinte. Dans le sud-est, l'influence islamisée est plus marquée — mais les bases indonésiennes restent perceptibles, têtues, comme un socle qu'aucune superposition n'a réussi à effacer complètement.

Avant le XIXe siècle, chaque région avait d'ailleurs ses variantes : dans le Sud, on disait holy ; dans les Hautes Terres centrales, hody. Même sens, prononciation différente. La langue malgache s'est construite ainsi — par contacts, migrations, conflits et alliances.

C'est dans ce contexte que le Sorabe prend tout son sens. Entouré de mystère, souvent réduit à l'image du grimoire ésotérique, il mérite mieux que la légende. « C'est avant tout une écriture, un support de mémoire », précise-t-il. Apparu dès le XIVe siècle, le terme lui-même n'émerge qu'au XIXe — probablement par analogie avec le latin, pour distinguer les « grands caractères » des petits. Au cœur de ce système se trouve l'Alif. Il s’agit d’une adaptation des caractères arabes aux voyelles malgaches, permetant de transcrire phonétiquement la langue. Les scribes y consignaient chroniques, mythes, journaux de bord, observations astronomiques, pratiques divinatoires, notes sur les maladies et leurs remèdes.

Le Sorabe atteint son apogée sous Radama Ier. Formé par les Anakara, le roi comprit l'importance de l'écrit pour structurer son royaume — traités, alliances, correspondances, il rédigea lui-même de nombreux messages en Sorabe. Puis les missionnaires arrivèrent, avec l'écriture latine dans leurs bagages. Plus compacte, plus pratique pour les échanges internationaux, elle relégua progressivement le Sorabe à un usage culturel et rituel. Aujourd'hui, le Sorabe survit sous trois formes, à savoir textes en malgache, textes arabisés, et textes antesitesy. Ces derniers, extrêmement confidentiels, sont réservés aux membres de l'Anakara qui perpétuent encore chroniques familiales et savoirs ancestraux. Sa lecture reste rare. Mais chaque caractère déchiffré est une fenêtre ouverte sur l'histoire. « Le Sorabe est un témoin tangible de l'identité malgache », conclut Randriamahefa, et rajoute « Il est le reflet des connaissances accumulées au fil des migrations et des échanges. » Pas de secrets occultes. Juste une mémoire — vivante, métissée, et profondément humaine.

Lucas Rahajaniaina

Contact : 034 71 023 37
Photos : Andry Randrianarisoa

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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